PARIS - Aux quatre coins de la France, des militants sont entrés cet automne dans des banques et sont repartis avec des chaises —sans avoir demandé la permission. En tout, 196 chaises «réquisitionnées» qui ont été utilisées dimanche pour le «sommet des citoyens sur le climat», en référence aux 196 pays qui étaient réunis en même temps pour le véritable sommet —la 21e Conférence des parties, ou COP21— une rencontre en laquelle ces citoyens n’ont guère confiance.

 

Un geste symbolique, qui servait tout à la fois à taper sur le clou des banques —cibles par excellence de la mouvance anticapitaliste de ce sommet «alternatif»— et sur celui des gouvernements dont les gestes pour le climat, après 21 rencontres annuelles, ont été à des années-lumière des ambitions.

« Nous savons que l’entente qui sortira de ce sommet sera inadéquate. Nous savons que ce n’est pas une entente qui peut nous garder en sécurité » a déclaré l’auteure Naomi Klein lors du panel de clôture du sommet citoyen —tout en encourageant les participants à redoubler d’ardeur pour faire entendre leur voix. Ce «sommet des citoyens» s’est tenu samedi et dimanche à Montreuil, à une dizaine de kilomètres du centre de Paris. Pour l’occasion, le centre-ville de Montreuil avait été transformé en un «village autonome» : des centaines d’expositions, de conférences et de kiosques allant des produits agricoles biologiques aux médias alternatifs en passant par la promotion des déplacements à vélo. La ville estime y avoir accueilli 30 000 personnes, «dans un climat populaire et festif».

Mais le message qui revenait régulièrement dans les discussions était : «comment forcer la main d’un gouvernement», alors que se déroulait justement, à une autre dizaine de kilomètres de là, la «vraie» conférence des Nations Unies sur le climat, la COP21. Ce message était chapeauté par un jeune groupe, la Coalition Climat 21 , née il y a deux ans d’une frustration devant les ratages des rencontres annuelles des Nations Unies sur le climat. La Coalition, qui rassemble maintenant 130 organismes, a même décliné l’invitation qui lui a été faite cette année par la COP d’avoir un kiosque bien à elle dans «l’Espace Génération», soit la partie de la COP qui est traditionnellement réservée à la société civile.

Le message «comment forcer la main d’un gouvernement» a déjà ses héros : l’ancien journaliste Bill McKibben est l’un d’eux, à travers l’organisme qu’il a co-fondé il y a sept ans, 350.org. « Notre travail, dit-il, a pris plusieurs formes » mais ses formes les plus visibles ont été le blocage réussi du pipeline américano-canadien Keystone, et la campagne de désinvestissement des carburants fossiles en cours depuis 2012. La semaine dernière, la directrice générale de 350.org, May Boeve, a annoncé à Paris que cette campagne venait de franchir le cap des 3400 milliards de dollars —soit le total des sommes que des fonds de retraite et autres fonds d’investissements d’universités, de villes, de syndicats, ont promis de retirer du pétrole et du charbon. 350.org a déjà reconnu que cette somme, aussi impressionnante qu’elle semble, est minime à côté de la richesse sur laquelle sont assises les compagnies pétrolières —mais le mouvement fait suffisamment de bruit pour «forcer la main» des décideurs en les obligeant à prendre position, pour ou contre.

«Ce ne sont plus juste des gens dans la marge», rappelle McKibben, qui défendent l’idée qu’on met notre planète en danger si on sort tout le pétrole du sol, «mais des groupes comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international».

Le sommet citoyen s’est d’ailleurs achevé par des propositions qui n’auraient pas juré dans une réunion financière: lutter contre les paradis fiscaux, alléger le fardeau de la dette des pays pauvres, taxer les émissions de gaz à effet de serre des transports aériens et maritimes... Des propositions pour réduire l’écart Nord-Sud en répondant à la principale objection chaque fois qu’il est question d’adaptation aux changements climatiques: la facture, qui s’annonce plus salée pour les uns que pour les autres. «L’argent est là», est venu affirmer l’économiste britannique John Christensen, dont le groupe Tax Justice Network a évalué les milliards qui échappent aux gouvernements à cause des paradis fiscaux. «Ce qui manque, c’est une volonté politique.» Il prêchait en fin de semaine à des convertis.