Les amateurs de « faits alternatifs » et de « post-vérité » seront déçus: il semblerait que le travail des vérificateurs de faits ait bel et bien un impact, non pas pour changer radicalement l’opinion d’une personne mais pour l’amener à ajuster ses croyances afin qu’elles deviennent un peu plus « factuellement cohérentes ».

« Les croyances de l’individu moyen deviennent plus précises et plus factuellement cohérentes, même après une seule exposition à un message de vérification des faits », écrivent quatre chercheurs en communications au terme d’une méta-analyse de 30 études sur les impacts de la vérification des faits (fact-checking).

Cette conclusion affaiblit encore un peu plus la croyance en un « effet boomerang » (backfire effect), c’est-à-dire cette idée voulant que l’individu moyen, face à une vérification contredisant ses croyances, choisirait de se braquer plutôt que d’écouter. Les chercheurs écrivent que, à supposer que cet effet existe, il est très faible et il n’empêche pas une personne d’intégrer de nouvelles informations factuelles au milieu de sa croyance initiale. Le travail du vérificateur serait même encore plus efficace lorsque seule une partie d’une affirmation est corrigée, plutôt que l’ensemble d’un argumentaire.

Cette capacité à corriger une mauvaise information peut de plus dépendre du fait que le lecteur est de gauche ou de droite, être atténuée par ses croyances préexistantes, ou par son niveau de connaissances d’un sujet.

Une limite de cette méta-analyse: la plupart des 30 études sont américaines, et ont donc été menées dans le contexte d’un système politique très polarisé, constitué de seulement deux partis. Les auteurs notent par exemple que les Américains qui s’identifient comme républicains semblent moins susceptibles que les démocrates d’accepter une vérification qui contredit leurs biais: un fait qui pourrait être lié au dédain plus fort que les républicains entretiennent face aux médias, et par la présence de très populaires sites d’extrême-droite qui ont dénoncé les « fact-checkers » comme étant « gauchistes ».

Une des surprises ressortant de cette publication, et qui nécessitera probablement d’autres études: le visuel ne semble pas aussi efficace qu’on l’aurait pensé.

Les messages de vérification des faits qui incluaient des éléments graphiques tendaient à être moins efficaces (…) Nous nous attendions initialement à ce que les éléments graphiques facilitent les corrections parce qu’ils fournissent un résumé simple et facile du message de vérification, mais les données n’appuient pas ce raisonnement.

L’étude est parue dans le Journal of Political Communication.