Un clown, un pommier et une quête, celle du courage dont certains élèves du primaire manquent, lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux problèmes mathématiques. Le clown, c’est Charli, dans la pièce « Compte sur moi! » de Sciences et mathématiques en action (SMAC), un projet piloté depuis 2005 par le professeur du Département de mathématiques de l’Université Laval, Jean-Marie De Koninck.

Portée plus tôt ce mois-ci par les rires de la centaine de petits spectateurs de l’École Barclay de Montréal, cette pièce repose sur les défis du programme de mathématiques de premier cycle, tels qu’identifiés par les enseignantes du primaire: additionner, compter par bonds de 2, soustraire, initier aux fractions… mais aussi, une peur naissante des maths! 

« L’anxiété, c’est ce qui ressort le plus chez les jeunes élèves. C’est pour cela que la maladresse du clown qui demande de l’aide aux enfants les valorise. Cela leur montre qu’ils peuvent réussir à résoudre les problèmes et donc, qu’ils ont du talent pour les maths», explique le Pr De Koninck.

Cette pièce clownesque à saveur de math lançait par ailleurs « En avant, Math! », une initiative nationale de promotion des mathématiques et d’amélioration de la numératie, soutenue par le Centre de recherches mathématiques (CRM) et le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

L’habileté à comprendre et à utiliser des concepts mathématiques —la numératie— s’avère également difficile chez de nombreux adultes. Près d’une personne sur 5 au Québec (21%, selon le rapport du PEICA) ne possèderait pas les connaissances de base, utiles au quotidien, pour comprendre un graphique, réaliser un budget ou suivre la météo.

Or, cette habileté s’acquiert très tôt. « Son meilleur prédicteur est la maîtrise du concept de nombre en maternelle. Plus l’enfant jongle avec les nombres, plus il va être à l’aise, plus tard, avec les concepts mathématiques. Pour lutter contre la peur des maths, il faut rendre les mathématiques aimables et sortir des sentiers battus en frappant l’imagination des jeunes », assure la directrice adjointe du projet sur le développement de la numératie au CRM de l’Université de Montréal, Louise Poirier.

Cette spécialiste de la didactique des mathématiques en sait quelque chose car elle visite depuis 5 ans les enfants de cette école de Parc-Extension, un quartier multiethnique et particulièrement défavorisé de Montréal. Elle y tient depuis deux ans une activité parents-enfants autour des mathématiques et des jeux traditionnels, comme le jeu africain Mancala et le jeu asiatique des Tigres et des Chèvres.

« Jeux de semailles, de nombres et de captures, ces jeux traditionnels reposent sur les mathématiques : anticipation, dénombrement… Et ils offrent un aspect culturel et historique pour tous les enfants, ceux nés ici ou ailleurs. Cela rend ces derniers fiers qu’on parle d’un jeu qui vient de leur pays d’origine », soutient la Pre Poirier.

Ce qui, pour elle, s’avère une façon gagnante de bâtir les ponts entre la culture de l’école et celle de la famille. « L’écart entre les deux se trouve souvent à la racine du manque de motivation des élèves issus des milieux multiethniques et défavorisés », note la chercheuse.

Les maths en marche

En avant Math !, soutenu par le ministère des Finances du Québec à raison d’un million de dollars sur trois ans, vise à placer les maths au cœur de la société mais surtout au centre de l’enseignement, du primaire à l’université.

Dans un premier temps, des analyses cerneront les liens entre les maths et les professions à venir. Par exemple, quelles sont les compétences avancées en mathématiques nécessaires au monde de demain, celles susceptibles de favoriser l’innovation et celles que la future main-d’œuvre devra maitriser. Jeux vidéo, intelligence artificielle: « les métiers changent, il faut que les élèves soient prêts », soutient Geneviève Dufour, la directrice de projets du CIRANO. 

Les études se pencheront aussi sur les réticences des enseignants face aux mathématiques. La manière dont ils perçoivent les mathématiques joue un rôle certain dans leur manière de les transmettre, suspecte la chercheuse de l’Université McGill, Annie Savard. Leur formation initiale, les défis qu’ils ont rencontrés et les concepts abordés dans le programme, seront alors des leviers ou des freins à cet enseignement.

Il faut également savoir comment rejoindre les trop nombreux citoyens moins férus des mathématiques et des sciences. « Ces disciplines joueront un rôle encore plus déterminant dans l’avenir, c’est la raison de ce chantier ambitieux », rappelle le directeur du CRM, Luc Vinet. « Les mathématiques sont la locomotive du développement des sciences au Québec, comme le développement de l’intelligence artificielle, mais aussi la clé pour résoudre des défis planétaires comme les changements climatiques. »

Enfin, un concours se greffera à En avant math!, L’avenir est mathématique, pour développer des activités autour des mathématiques à l’intention des élèves et du grand public. « En chacun de nous, il y a un mathématicien qui sommeille. C’est une prédisposition naturelle qu’il nous faut développer en montrant que les mathématiques, ça peut être amusant et même spectaculaire », soutient le Pr De Koninck. 

Entre la Semaine des maths tenue au Québec fin novembre et la Journée internationale des mathématiques, ou « Pi-Day » (03.14 ou 14 mars), les occasions de parler (et de faire) des mathématiques pourraient se multiplier car « les mathématiques sont partout »… même dans les sourires des clowns!