Sachant qu’une des mesures du succès, pour une recherche, est d’être souvent citée par d’autres recherches, un biophysicien vient de perdre son poste dans une publication pour avoir décidé qu’on n’était jamais si bien servi que par soi-même. 

Selon les témoignages recueillis, il avait en effet pris la peu éthique habitude de profiter des révisions qu’il faisait des textes des autres pour les inciter fortement à ajouter à leurs textes des citations de ses propres travaux. Le Journal of Theoretical Biology a annoncé dans un éditorial avoir retiré du comité ce collaborateur qu’il ne nomme pas, pour « inconduite scientifique » à grande échelle. Il aurait demandé aux auteurs de dizaines d’articles de citer pas qu’une de ses publications, mais un très grand nombre: une moyenne de 35 —et plus de 50 dans un cas. En plus de leur suggérer qu’ils changent le titre de leur article pour mentionner un algorithme qu’il a développé. Il aurait aussi été ajouté comme co-auteur de certains articles lors des « dernières étapes de révision ».  

La revue Nature confirme que le collaborateur en question est Kuo-Chen Chou, fondateur en 2003 d’une entreprise appelée l’Institut Gordon en sciences de la vie, basé à Boston. 

Il ressort de l’enquête que ce n’est pas une première, puisque la même personne avait été écartée il y a 12 mois de la revue Bioinformatics, pour un motif apparemment similaire. Selon un éditeur adjoint de cette revue, il serait sous enquête dans trois autres publications. 

Le principe de l’auto-citation ou de la « citation forcée » n’est évidemment pas une première. Le géant de l’édition Elsevier —qui publie entre autres le Journal of Theoretical Biology— avait annoncé une enquête en cours en septembre dernier sur des centaines de chercheurs soupçonnés de manipuler le processus de révision par les pairs pour mousser leur propre cote. Kuo-Chen Chou est le premier dont on entend parler depuis cette annonce.  Une telle enquête peut faire appel à des outils purement statistiques, pour voir par exemple si le nombre de citations d’un chercheur augmente « mystérieusement » dès qu’il fait partie d’un comité de révision (il faut toutefois se rappeler que si un chercheur est appelé à réviser un texte, c'est peut-être parce qu'il est un expert du domaine, ce qui rend possible qu'il soit déjà cité quelque part). De telles analyses ont déjà démontré que dans la grande majorité des cas, le réviseur n’est pas cité dans les travaux qu’il révise ou bien —dans plus de 98 ou 99% des cas— il n'est cité que dans moins de 10% d’entre eux.