Après les États américains qui ont vu ces dernières semaines leurs urgences déborder à cause des infections au coronavirus, c’est maintenant le tour de l’Alberta. Ce qui explique peut-être la décision du gouvernement d’annoncer cette semaine un passeport vaccinal.

La décision, qui peut sembler surprenante à plusieurs des opposants à cette mesure au Québec, l’est moins quand on observe les récentes déclarations du gouvernement albertain. Plus tôt cette semaine, il prévenait que ses ressources en soins intensifs étaient poussées à leurs limites: davantage de gens occupent les lits qu’à n’importe quel autre point de la pandémie —et 90% de ces patients sont des non-vaccinés.

Résultat, l’Alberta est non seulement la province canadienne qui compte, et de loin, le plus grand nombre de nouveaux cas quotidiens de COVID et de cas actifs, mais l’un des endroits de toute l’Amérique du Nord les plus touchés, en proportion de sa population.

Avec plus de 18 000 cas actifs (trois fois plus qu’en Ontario, dont l’Alberta ne fait pourtant que le tiers de la population), cela représentait, au milieu de la semaine, un ratio de plus de 400 cas par 100 000 habitants, suivi de la Saskatchewan avec 345. Toutes les autres provinces canadiennes sont en-dessous de 120 —le Québec était, mercredi, à moins de 80. L’Alberta comptait jeudi 222 personnes aux soins intensifs, contre 190 en Ontario.

Pour le médecin-chef de la province, Deena Hinshaw, il semble ne faire aucun doute que c’est la levée des restrictions sanitaires au début de juillet qui a envoyé l’Alberta sur cette trajectoire. Dès la fin de juillet, le nombre de cas montrait déjà une ascension inquiétante, et les hospitalisations ont commencé à leur tour à se multiplier —surtout chez les non-vaccinés— à la fin d’août. Qui plus est, la proportion des Albertains de plus de 12 ans qui ont obtenu leurs doses de vaccin est, à 71%, en-dessous de la moyenne canadienne de 78% —le Québec dépasse à présent les 83%. 

La pandémie, notait le quotidien britannique The Guardian cette semaine, aura été « un terrain fertile pour les protestataires et la rhétorique anti-vaccination, incluant de la part de certains élus ». Un parti fédéral campé à droite de l’échiquier, le Parti populaire, a profité de la campagne électorale pour se présenter en opposant aux mesures sanitaires et aurait vu ses appuis augmenter dans les comtés albertains ruraux.

Le 7 septembre, une douzaine de maires de la région d’Edmonton ont demandé au ministre de la Santé de rétablir le port du masque obligatoire à l’école, et d’adopter un passeport sanitaire pour accéder aux restaurants, aux bars et aux activités se déroulant à l’intérieur. Même une partie du milieu des affaires s’est montrée favorable au passeport. Mercredi, le premier ministre conservateur, Jason Kenney, a annoncé la nouvelle mesure, tout en s’excusant pour la façon dont son gouvernement avait géré la pandémie. Les nouvelles mesures incluent aussi des restrictions aux restaurants et aux activités sportives et culturelles, de même qu'un retour au télétravail obligatoire partout où la chose est possible.

 

Photo: l'édifice du parlement de l'Alberta / Wikipedia Commons