Sur Twitter, avant la pandémie, les gens qui disaient se méfier des vaccins à cause du caractère « commercial » des compagnies pharmaceutiques, étaient souvent les mêmes qui partageaient des informations provenant de sites commerciaux, vendant notamment des produits de santé « naturelle ».

C’est ce qui se dégage d’une analyse de 60 milliards de messages publiés sur Twitter avant la pandémie, dont 6,7 millions contenaient un des mots-clefs choisis par les chercheurs en lien avec la vaccination. « Un aspect intéressant de cette découverte, lit-on, est que les préoccupations sur des conflits d’intérêt commerciaux sont souvent citées comme un des facteurs majeurs de l’hésitation vaccinale », alors que ces mêmes personnes ne semblent pas percevoir de tels conflits d’intérêt commerciaux lorsqu’il s’agit d’autres produits. L'étude est parue le 9 février dans la revue PLOS One.

Les autres constats des chercheurs, de l’Université de technologie du Danemark, étonnent moins: les gens qui partagent des idées similaires sur la vaccination interagissent avant tout entre eux, plutôt qu’avec des gens avec qui ils ont moins d’affinités —c’est l’effet désigné parfois sous le nom de « chambre d’échos » ou de « bulle de filtres ». Et ça se reflète dans leurs sources d’information (graphique ci-dessous): les 10 sites les plus souvent utilisés pour des hyperliens par les usagers qui sont fortement identifiés comme antivaccins sont des médias sociaux, des sites commerciaux liés à la santé, et des sites reconnus pour partager de la pseudoscience. Figurant loin en tête du classement: YouTube, qui est la source de 22,5% des tweets antitvaccins.

Etude -- sources d'informations des anti et pro-vaccins

 

On remarque aussi que ce ne sont pas tous les usagers qui expriment une opinion, et que seule une petite minorité exprime une opinion de façon virulente. Ainsi, la moitié des personnes (48%) identifiées dans ces millions de tweets a publié suffisamment de messages exprimant une opinion pour pouvoir être classée dans l’une ou l’autre des catégories (« antivaccins » ou « provaccins »). Et parmi l’ensemble des 6,7 millions de tweets parlant de vaccination, 17% « exprimaient un sentiment antivaccin ».

Ces résultats, concluent les chercheurs, rappellent la nécessité de mieux comprendre « l’interaction entre les attitudes face à la vaccination, la structure des réseaux sociaux et les sources d’information, incluant les acteurs ayant un intérêt marqué dans la promotion de fausses croyances ». Et cette étude, rappellent-ils, couvre la période d'avant la COVID.