L’énigme de ces cas d’hépatites aiguës qui ont été identifiés —en date du 5 mai— chez au moins 230 enfants dans 20 pays constitue un exemple de ce pourquoi les scientifiques préfèrent se concentrer sur les faits plutôt que les opinions : parce que devant un tel mystère, c’est la seule façon par laquelle ils réussissent en ce moment à éliminer une par une les fausses pistes.

Comme le rappelait mercredi le magazine médical STAT, « les suspects habituels, soit les virus de l’hépatite étiquetés de A à E, ont été rapidement écartés. Mais ça laisse beaucoup de possibilités sur la table. La bonne nouvelle est qu’il y a des hypothèses et qu’il y a des indices et qu’il y a des experts en santé publique et des scientifiques de plusieurs pays qui travaillent en ce moment à décoder ces cas. Mais des réponses solides vont prendre du temps. »

L’hépatite est une inflammation du foie qui peut avoir plusieurs causes, la plus fréquente étant celle des virus dits « de l’hépatite ». Des cas sévères d’hépatites chez les enfants sont toutefois rares, et c’est la raison pour laquelle l’apparition soudaine de ces cas, bien qu’en petit nombre, a été considérée comme une anomalie : en Grande-Bretagne, en date du 21 avril, on comptait 114 cas en quelques semaines, soit davantage que dans une année complète, notait un rapport de l’Agence britannique de santé. La plupart étaient survenus chez des moins de 5 ans. C’est la Grande-Bretagne qui a été le premier pays à alerter l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le 8 avril.

La plupart des enfants se sont rétablis rapidement, mais 7 d’entre eux, en Grande-Bretagne, ont nécessité une greffe de foie, ce qui représente une proportion élevée. Selon l’OMS le 23 avril, un cas sur 10 (17 sur les 169 observés dans le monde à ce moment) avait nécessité une greffe. Le 3 mai, l’Indonésie annonçait trois décès —survenus en avril— portant le total à quatre.

Les symptômes à surveiller: jaunisse, diarrhées, vomissements et douleurs abdominales.

Un adénovirus?

Si les virus habituels ne sont pas en cause, une partie des recherches se portent depuis deux semaines sur un adénovirus dit « de type 41 »: en Grande-Bretagne le 21 avril, il avait été détecté dans 40 des 53 cas alors testés. Dans le rapport de l’OMS, on parle de 74 des 169 cas. Plus intrigant, alors qu’on n’a commencé à en entendre parler qu’en avril, l’Alabama, dans le Sud-Est des États-Unis, avait observé neuf cas d’hépatites aiguës entre octobre et février —là encore, davantage que ce qu’on observe dans cet État dans une année complète. Les enfants ont été testés pour une foule de choses, et un adénovirus est l’une des choses qui est ressortie dans tous les cas —quoique on n’a pu identifier formellement l’adénovirus de type 41 que dans 5 des cas, note le Centre de contrôle des maladies (CDC).

Un adénovirus, en temps normal, cause un rhume. Certains membres de cette vaste famille de virus (88 types connus) peuvent causer des problèmes gastro-intestinaux. Pourrait-il s’agir d’un mutant? C’est une des pistes qui est fouillée, en même temps qu’on essaie de comprendre comment un simple adénovirus pourrait avoir un tel impact.

Mais l’adénovirus pourrait aussi être une fausse piste: considérant qu’il s’agit d’une famille commune de virus, il serait normal d’en détecter dans toutes les populations, y compris chez les enfants.

Une autre des pistes est bien sûr celle de la COVID. Une infection au coronavirus, le SRAS-CoV-2, aurait-elle pu déclencher ce qu’on appelle un syndrome inflammatoire multisystémique? En Alabama, aucun des neuf enfants n’avait des symptômes correspondant à cette condition. Et considérant le nombre énorme d’enfants qui ont été exposés au coronavirus depuis deux ans et demi, s’il était de nature à avoir un tel impact, on s’attendrait à ce que ces cas soient plus fréquents.

Les vaccins ont aussi été évoqués dans certains cercles. Mais très peu d’enfants de moins de 5 ans ont été vaccinés à travers le monde. Et le vaccin n’est pas offert aux enfants de cet âge en Grande-Bretagne.

Dans ce dernier pays, où on a affaire au plus grand nombre de cas, les experts ont cherché des corrélations avec des voyages à l’étranger, une exposition à des toxines ou d’autres facteurs de risque, sans rien trouver, écrit l’agence britannique.