Les amateurs d’exploration spatiale qui attendent la base lunaire promise dans les plans de la NASA devront attendre jusqu’en 2034. Au moins.

C’est ce que révèlent des documents internes de l’agence spatiale américaine dévoilés lundi par le magazine Ars Technica. Ils contiennent un calendrier des lancements vers la Lune, à une cadence qui n’atteindrait même pas le rythme d’une mission par année avant 2030.

Ces documents sont apparus à peu près en même temps que ce qui devrait être le « dernier test » des réacteurs de la nouvelle fusée lunaire,  toujours affublée du nom Space Launch System (SLS). La NASA ne s’est toutefois pas engagée à ce que ce soit le dernier test avant son premier lancement, prévu à une date indéterminée cette année.

Officiellement, l’agence spatiale s’en tient toujours à son programme Artemis —le nom du programme lunaire— prévoyant trois lancements du SLS: le premier inhabité, le deuxième avec deux astronautes en orbite lunaire, et le troisième incluant une marche sur la Lune. La NASA est toujours restée vague sur les lancements suivants, qui doivent en théorie assurer l’établissement d’une base permanente là-haut.  Mais selon les documents internes, même le troisième est déjà repoussé après 2025, entre autres parce que les nouveaux scaphandres lunaires ne seront pas prêts. C’est la lente progression de ces missions et des suivantes qui place à présent l’établissement d’un « camp de base » sur la Lune en 2034, au plus tôt.

Toute l’histoire de ce retour sur la Lune est une longue série de retards. Le SLS est en préparation depuis 2011 et avait déjà, en 2021, englouti 14 milliards$. La capsule Orion, qui transportera les astronautes, devait à l’origine être prête en 2017. Et le dernier membre du trio de ce retour sur la Lune, la station Lunar Gateway qui, depuis l’orbite lunaire, doit servir de plateforme vers la Lune, dépend, pour sa construction, d’une série de vols réguliers, après le troisième lancement. Enfin, tout ceci a été imaginé avant que l’entreprise privée n’entre en scène et ne montre ses capacités à concevoir elle-même une fusée, une capsule ou un module d’alunissage.

Ce sont à présent deux scénarios que, révèlent aussi les documents, les ingénieurs et administrateurs tentent de faire entrer dans un budget limité: l’un, qui essaie de s’en tenir à des lancements réguliers —et qui a du mal à garantir un lancement par année— et l’autre qui cible des lancements en fonction du matériel prêt à être envoyé pour construire le Lunar Gateway.

Le résultat, résume le journaliste spécialisé en affaires spatiales Éric Berger, est « un programme lunaire lent qui, en majeure partie, échoue à atteindre les objectifs » fixés par la « politique spatiale nationale ».

Dans l’immédiat, si les tests des réacteurs s’avèrent concluants, on pourrait au moins assister au lancement de « Artemis 1 » plus tard cette année: la fusée transportera la capsule Orion, sans passager, pour un aller-retour jusqu’à l’orbite lunaire et un amerrissage dans l’océan, comme au temps des capsules Apollo.