Pour mieux comprendre la place de chacun dans une société du passé, rien de mieux que de regarder comment ils ont été traités après leur mort. Décédée il y a 10 000 ans, une petite fille a tout de même eu droit à une sépulture, même si elle n’a vécu que deux mois, ont récemment découvert les archéologues.

« Cela nous dit que Neve était considérée comme une personne à part entière, malgré sa courte vie », souligne le professeur au département d’anthropologie de l’Université de Montréal, Julien Riel-Salvatore.

En 2017, les fouilles de la grotte d’Arma Veirana, en Ligurie (Italie) ont mis à jour la sépulture de « Neve » —Arma Veirana Hominin 1 (AVH-1), de son nom complet. Cela a été le fruit d’un travail de longue haleine et d’une excavation au contexte particulier.

C’est en creusant à proximité des outils et des restes de repas laissés il y a près de 50 000 ans par des Néandertaliens que les chercheurs ont découvert les restes d'un minuscule crâne, plus récent celui-là. Il s’est avéré être Homo sapiens, grâce à une analyse protéomique —l’étude des protéines du crâne— et très jeune.

« Nous en parlions de manière sensible. En pratique, on donne le nom de catalogue mais là, nous excavions une personne avec une identité. AVH-1, c’est très impersonnel, ce n’était pas un objet et c’est pourquoi on lui a donné un surnom », raconte le chercheur.

Les artéfacts et les restes du squelette ont permis aux chercheurs de recréer sa biographie. Elle est née d’une mère qui a eu vraisemblablement des carences alimentaires – il est possible que la fragilité subséquente de l’enfant soit aussi la cause du décès.

Cet enterrement a dû survenir lors d’une période de plus faible mortalité infantile, car les chasseurs-cueilleurs étaient particulièrement bien adaptés aux environnements changeants de la fin du Pléistocène et du début de l’Holocène.

C’est donc qu’une personnalité a pu être attribuée au nourrisson et de nombreux ornements funéraires ont alors servi à renforcer ce statut, au-delà de sa mort. Le fait qu’il s’agisse d’une fille suggère aussi « qu’il devait y avoir un degré de traitement égalitaire des individus dans la vie et la mort, indépendamment de l’âge ou du genre », avance le chercheur.

« Cela nous permet de nous rendre compte que les femmes de cette société, même de très jeunes individus, avaient un statut social. Cette enfant n’avait pas eu le temps de faire des accomplissements et pourtant, elle a été protégée et enterrée avec soins », relate encore le chercheur.

L’originalité du site de fouilles, c’est qu’il est situé dans la montagne, en retrait. Avec sa vallée abrupte et loin de la mer, la caverne de 40 mètres de profondeur offrait un bon potentiel pour un camp de chasse ou un bivouac, mais moins pour une occupation à l’année (voir encadré).

Cela en fait un site stratégique, mais rend plus rare ce type de trouvaille funéraire. « C’est un coup de chance », confirme le chercheur.

Minuscule squelette et perles de coquillages

Cette trouvaille constitue aussi l’une des plus anciennes sépultures au monde d’un bébé. Avec les parures de coquillages et les différents objets, qui forment un lien entre les vivants d’alors et les morts, cette sépulture s’avère riche en informations.

Dans une petite fosse d’à peine 30 cm de diamètre, le corps était recroquevillé avec des vêtements de peau ornés de coquillages funéraires, comme témoignent les fragments d’os et les perles de coquillages percés et dispersés.

Une arme en silex (un éclat allongé), quatre pendentifs et une serre de grand duc ont aussi été retrouvés dans la tombe. L’usure des perles renseigne même les anthropologues sur l’usage qu’en ont eu d’autres membres du clan, avant que ces perles ne soient insérées sur les vêtements du nouveau-né.

Les motifs des coquillages montrent qu’ils ne sont pas alimentaires mais plutôt utilisés en parures et pour des fins d’inhumation. Les plus gros, récoltés sur la plage et utilisés comme pendentifs, témoignent d’une pratique qui pourrait être aussi vieille que 50 000 ans, celle des Néandertaliens. Des parures qui ont traversé les âges pour parvenir jusqu’à nous et raconter ainsi leur histoire.

 

Photo: Une partie de la grotte d'Arma Veirana / Dominique Meyer