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Des sites spécialisés dans les fausses nouvelles sur la COVID et sur la politique, ont reçu des millions de dollars en revenus publicitaires grâce à Google, révèle une enquête du magazine Pro Publica.

Google a pourtant annoncé il y a déjà deux ans une politique stipulant qu’elle refuserait les publicités qui font des « allégations douteuses et dangereuses », notamment en santé et sur les élections. L’analyse menée par les journalistes apporte deux bémols à cette politique: d’une part, ces publicités ont plus de chances de contourner la politique si elles apparaissent « dans des langues autres que l’anglais ». D’autre part, ces publicités apparaissent sur des sites qui, eux, publient explicitement des informations fausses sur la santé, ou sur les élections. On donne l’exemple de sites de désinformation sur les élections au Brésil, qui répandaient l’idée qu’une défaite de Bolsonaro signifierait que les élections ont été truquées.

L’analyse a porté sur 13 000 pages « actives » dans une demi-douzaine de langues. Sur quelque 800 articles identifiés comme faux par des membres du consortium international de médias vérificateurs de faits (International Fact-Checking Network), l’analyse a trouvé des publicités Google (Google Ads) chez 41% d’entre eux. Ainsi que chez 20% des articles sur les changements climatiques identifiés comme faux par le site anglophone Science Feedback. On donne l’exemple d’une publicité de la Croix-Rouge américaine qui s’est retrouvée sur un article d’extrême-droite allemand de mai 2021 proclamant que la COVID n’est pas plus dangereuse que la grippe. Et un article du Epoch Times proclamant que le Soleil est responsable du réchauffement climatique, a eu droit à plusieurs publicités Google.

L’analyse en a aussi trouvé sur des fausses nouvelles plus anodines, comme la théorie du complot des chemtrails.

Réagissant à l’article, le porte-parole de Google a souligné que rien qu’en 2021, la compagnie avait retiré des publicités de 63 000 sites à travers le monde, sans toutefois se prononcer sur la qualité de la « surveillance » en-dehors du monde anglophone —ou sur le nombre de gens employés à cette tâche.

Google aurait par ailleurs placé des publicités sur 13% des sites anglophones qualifiés de « non fiables » par l’organisme NewsGuard, mais sur 30 à 90% des sites non-anglophones souvent pointés par les organismes de vérification des faits locaux. La proportion varie considérablement d’une région du monde à l’autre: plus de la moitié des 68 sites anglophones pointés du doigt par le site de vérification des faits Africa Check depuis 2019, ont eu de telles publicités, contre les deux tiers des 45 sites francophones.

La motivation derrière cette recherche, souligne l’équipe du magazine d'enquête Pro Publica, est que beaucoup des critiques sur la dissémination de la désinformation ces dernières années ont ciblé, à juste titre, des plateformes comme Facebook ou YouTube, mais que « Google n’a pas fait face à la même attention ». En dépit du fait que la compagnie gère un budget publicitaire annuel de plus de 200 milliards$ US.

En 2019, une analyse appelée le Global Disinformation Index avait estimé à 250 millions$ par année les revenus des sites de désinformation, dont 40% provenant de Google. NewsGuard estimait en 2021 ces revenus à 2,6 milliards$, mais n’évaluait pas la part provenant de Google.