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Le stress et la faim: ce sont deux des facteurs qui peuvent laisser une empreinte sur les gènes d’une personne après sa naissance —et du coup, avoir un impact à long terme sur sa santé. Sachant cela, pourrait-on établir un lien entre une crise économique et notre ADN?

La question s’inscrit dans ce qu’on appelle l’épigénétique: il s’agit de la science, relativement récente, qui étudie les mécanismes capables de modifier les gènes, de manière temporaire ou définitive. Et au cours des deux dernières décennies, la liste des mécanismes en question qui ont été identifiés par toutes sortes d’études, n’a cessé de grossir.

Il serait donc logique de croire que certaines périodes historiques plus difficiles puissent avoir un impact détectable sur notre code génétique. Dans une recherche publiée le 8 novembre, deux chercheuses de l’Université de Californie et de l’Université du Wisconsin écrivent que les cellules des gens nés pendant la grande crise des années 1930, montrent des signes de « vieillissement accéléré ».

Concrètement, cela pourrait vouloir dire un taux plus élevé de maladies chroniques et de décès prématurés. L’étude a consisté à comparer les marqueurs génétiques du vieillissement chez 800 Américains nés pendant les années 1930: les deux chercheuses affirment que « l’empreinte » du vieillissement accéléré apparaît plus souvent chez ceux nés dans les États les plus durement touchés par la récession —le taux de chômage, à son sommet, atteignait 25% aux États-Unis.

Plusieurs des études des deux dernières décennies ont été réalisées sur des animaux. La durée de vie d’un humain a en effet rendu plus difficile de comparer des conditions socio-économiques négatives pendant la période où une femme était enceinte, avec l’état de santé de son enfant une fois arrivé à l’âge adulte. Mais des études en Europe ont dégagé ce qui semble être des corrélations avec des périodes historiques difficiles —notamment une famine aux Pays-Bas à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

On peut aussi analyser ce phénomène par l’autre bout de la lorgnette, signalent les auteurs, et y voir une motivation pour améliorer les programmes sociaux ciblant les femmes enceintes: leur espoir est que de meilleurs programmes sociaux contribuent à combattre des inégalités en matière de santé susceptibles d’apparaître des années plus tard, voire de durer toute la vie…