Si vous avez vu passer ces derniers jours des messages à l’effet que des documents de Pfizer « dévoilés » le 3 mai prouveraient que le vaccin n’a que « 12% d’efficacité », le Détecteur de rumeurs se doit de signaler que cette affirmation contient deux erreurs: ces documents sont publics depuis décembre 2020, et le 12% n’y figure nulle part.


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Beaucoup de messages depuis le 3 mai contiennent cette accusation —et d’autres— en référant à des documents « confidentiels » ou « dévoilés aujourd’hui » en vertu de la loi américaine d’accès à l’information. Mais très peu contiennent un lien permettant de vérifier d’où provient le chiffre.

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Ceux qui ont fait cet effort de vérification ont trouvé: l’origine est plutôt un billet d’une nommée Sonia Elijah publié le 3 avril —donc, un mois plus tôt— où l’auteure citait des documents de Pfizer publiés le 10 décembre 2020 —et accessibles à tous— dans le cadre du processus d’approbation du vaccin contre la COVID. Après en avoir extrait quelques chiffres, elle conclut: « si vous calculez l’efficacité du vaccin à partir de ces chiffres, c’est un taux extraordinairement faible de 12%! »

Si c’était vrai, cela supposerait donc que tous ceux qui ont analysé ces documents avant  et après l’autorisation du vaccin de Pfizer, auraient fait une erreur de calcul élémentaire. Mais il s’avère que c’est plutôt Sonia Elijah qui a fait une erreur de calcul élémentaire: elle a choisi de prendre tous les cas de gens qui, dans l’étude Pfizer de l’automne 2020, ont montré des symptômes « suspects », et a présumé qu’il s’agissait chaque fois de cas de COVID,  alors qu’il peut s’agir des effets secondaires du vaccin, ou même de simples rhumes.

Il ne faut pas non plus oublier que, depuis décembre 2020, beaucoup d’autres études, dans des dizaines de pays, menées indépendamment des compagnies pharmaceutiques, ont continué d’évaluer l’efficacité des vaccins.

Au final, les « 80 000 pages » de « documents de Pfizer » qui ont été publiées le 3 mai ne contiennent pas grand-chose qui n’était pas déjà dans les documents de décembre 2020.

En fait, ces documents s’inscrivent dans un contexte plus large où, depuis novembre 2021, l’Agence américaine d’autorisation des médicaments (FDA) , publie progressivement des milliers de pages de données détaillées sur les essais cliniques du vaccin menés à l’automne 2020. Mais l’essentiel était déjà connu: même un auteur populaire dans les cercles antivaccins, Alex Berenson, le reconnaît dans un billet où, le 9 mai, il reproche aux gens dans ses propres cercles de s'énerver pour rien avec ces « Pfizer data ». Ce 12% « provient de données sur des gens qui avaient des symptômes mais n’avaient pas été testés positifs à la COVID. »

Et les femmes enceintes?

Ce n’est pas la seule fausse affirmation qui circule ces jours-ci à propos de ces documents —et il y en aura probablement d’autres à mesure que d’autres milliers de pages de données seront publiées. On prétend par exemple qu’on aurait « découvert » que Pfizer ignore si son vaccin est sécuritaire pour les femmes enceintes.

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En réalité, les captures d’écran qui sont partagées sur les médias sociaux à ce propos datent plutôt de décembre 2020, et elles ne proviennent même pas de Pfizer, mais de l’agence britannique de régulation des médicaments (MHRA): les tests du vaccin, à cette époque, n’avaient tout simplement pas encore inclus les femmes enceintes. Depuis, rien qu’en Grande-Bretagne. plus de 104 000 femmes enceintes ont reçu au moins une dose du vaccin et « aucun problème pour leur sécurité n’a été relevé », répond aujourd’hui la MHRA (plus de détails dans ces textes de vérification de Reuters, de Snopes, des Décodeurs, de l’Agence France-Presse et du Britannique Full Fact).

Dernière illustration de l’importance de vérifier la source: une des affirmations qui circule sur les médias sociaux est que, à la suite de ces « révélations », le vice-président de Pfizer aurait été mis en état d’arrestation. Or, la « nouvelle » sur laquelle s’appuie cette affirmation provient d’un site… satirique.

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