Depuis quelques années, les vélos sans pédales, aussi appelés draisiennes, sont de plus en plus populaires. Sont-ils réellement plus efficaces pour apprendre à rouler à bicyclette ? Le Détecteur de rumeurs a vérifié.


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À l’origine

Le vélo sans pédales aurait été inventé par l’Allemand Karl Drais en 1817. Il s’agissait alors d’un mode de transport s’adressant aux adultes. On considère d’ailleurs la draisienne comme l’ancêtre du vélo moderne, mais elle est plus ou moins tombée dans l’oubli au 20e siècle, à mesure que le vélo à pédales gagnait en popularité.

ll faut attendre la fin du 20e siècle pour assister à une renaissance. En 1997 par exemple, Rolf Mertens, un autre Allemand, présente le vélo sans pédales comme un moyen d’apprendre la bicyclette sans avoir recours aux petites roues d’entraînement. La popularité de la draisienne fait, dans les années qui suivent, un bond spectaculaire.

En effet, selon des chercheurs portugais qui, dans un article paru en février dernier, se sont penchés sur les différentes façons de s’initier au vélo, la proportion d’enfants qui ont utilisé la draisienne est passée de 9,6 % dans les années 1960 à 49,2 % dans les années 2010. À l’époque, le Wall Street Journal et le Globe and Mail en parlent comme d’une petite révolution dans l’apprentissage de la bicyclette.

Le problème des petites roues

Les chercheurs portugais rappellent que, jusque-là, la méthode la plus fréquente pour apprendre à rouler à bicyclette était de commencer avec un vélo comportant une ou deux petites roues stabilisatrices, pour ensuite passer au vélo traditionnel. Avec cette approche, les petites roues permettent à l’enfant d’apprivoiser le mouvement de pédalage et de perfectionner sa coordination, sans se soucier de l’équilibre. Ce type de vélo réduit également la peur de tomber.

Cette méthode, utilisée partout à travers le monde, est toutefois de plus en plus contestée, expliquent les scientifiques portugais. Dans un autre article, publié en 2021, ils ont en effet remarqué que plusieurs études indiquaient que cette façon de faire ne serait pas la plus efficace, malgré sa popularité.

Selon eux, la transition vers le vélo traditionnel est plus difficile pour un enfant qui a d’abord appris à pédaler sur un vélo avec des petites roues. Sur ce type de vélo, l’enfant utilise surtout son torse pour maintenir l’équilibre et peu ses bras. Ces réflexes sont opposés à ceux nécessaires pour garder l’équilibre sur un vélo traditionnel. Lorsqu’il se retrouve sur un vrai vélo, il doit donc travailler très fort pour maîtriser l’équilibre et ce, tout en pédalant. Cela représente un défi de taille.

Des chercheurs de la Caroline du Sud qui s’intéressent à l’éducation physique chez les enfants faisaient les mêmes constats en 2017, alléguant que le vélo sans pédales pourrait même être vu comme un outil pour contrer le déclin, aux États-Unis, de l’usage du vélo chez les enfants.

Les bénéfices du vélo sans pédales

Plusieurs organismes recommandent donc à présent l’utilisation du vélo sans pédales pour initier les enfants à la bicyclette, comme l’association USA Cycling et son homologue britannique. Vélo Québec souligne que la méthode de la draisienne est « extrêmement efficace pour apprivoiser le vélo, car elle décompose les habiletés requises en se concentrant d’abord sur la maîtrise de l’équilibre en mouvement ». Cet équilibre est essentiel dans l’apprentissage du cyclisme, comme le rappellent les chercheurs portugais.

Les scientifiques de la Caroline du Sud soulignent de leur côté que les draisiennes sont plus légères et que l’enfant peut utiliser ses deux pieds pour se propulser et se stabiliser. Pour ces raisons, les vélos sans pédales seraient plus stables et peut-être même plus sécuritaires. Du moins, cela permet à l’enfant de se sentir plus en contrôle pour explorer le mouvement.

Il peut ainsi apprendre à contrôler son centre de gravité et celui du vélo, ajoutent les chercheurs portugais.

Une autre équipe américaine écrivait en 2020 que le vélo sans pédales permettrait d’améliorer dans son ensemble l’équilibre chez les enfants d’âge préscolaire. Ils ont mis au point un programme de 4 semaines, pendant lequel des enfants de 3 à 5 ans s’amusaient avec un vélo sans pédales pendant 20 minutes, trois fois par semaine.

Selon les scientifiques, cela pourrait même contribuer à un meilleur contrôle de la posture, en plus de favoriser le développement moteur chez les enfants.

Au Royaume-Uni, un programme d’apprentissage avec un vélo sans pédales, Balanceability, affirme que, chez les enfants qui y ont participé, 94 % ont fait la transition vers le vélo traditionnel après seulement 12 semaines.

Les chercheurs portugais avaient pour leur part interrogé quelque 2000 personnes pour savoir comment eux et leurs enfants avaient appris le vélo et à quel âge ils avaient réussi à le maîtriser. Selon leur analyse, ceux qui avaient appris la bicyclette avec des petites roues stabilisatrices maîtrisaient le vélo à 6 ans, alors que cela se produisait dès 4 ans chez ceux qui avaient utilisé un vélo sans pédales.

 

Verdict

Toutes les méthodes d’apprentissages permettent éventuellement aux enfants de rouler à bicyclette. Mais ces dernières années, autant les scientifiques que les associations ont convergé vers l’idée que le vélo sans pédales permettrait d’apprendre plus rapidement.

 

Photo: Sam Saunders / Flickr