Ce joli titre du billet d’aujourd’hui, je l’ai piqué à un cours de l’UPop Montréal qui a été donné récemment par Julie Augustin, doctorante en Sciences Biologiques à l’Université de Montréal. Julie a fait un travail remarquable pour exposer, en deux séances d’une heure, les objectifs et le fonctionnement des publications académiques. Ceux-ci demeurent en effet opaques pour la majorité de la population. Mais en ces temps de pandémie où l’on se fait citer quasi quotidiennement des publications scientifiques, il est essentiel d’en comprendre les rouages pour évaluer ne serait-ce que les mesures sanitaires qui s’en réclament. Ou pire, celles qui en font fi. La deuxième partie de ce billet se penchera d’ailleurs comme la semaine dernière sur ce sujet. Le premier ministre François Legault ayant une fois de plus fait volte-face et assoupli ses règles concernant le port du masque à l’extérieur que j’avais critiqué la semaine dernière, je me dis que, qui sait, il est peut-être un fervent lecteur du blogue du Cerveau à tous les niveaux…

Le cours de julie Augustin comportait deux séances qui se retrouvent sur la chaîne Youtube de l’UPop Montréal. La première, donnée le 16 mars dernier, s’intitulait La publication scientifique, qu’est-ce que c’est ? Comme le titre l’indique, il y est question de la forme et du contenu des articles scientifiques, mais aussi des étapes de la recherche en général et de la manière dont les scientifiques sont évalués. On y aborde ensuite les avantages de l’évaluation par les pairs et la dimension collective de la science et du partage des connaissances dans un monde idéal. Mais voilà, on ne vit pas dans un monde idéal…

D’où la deuxième séance donnée le 30 mars dernier et intitulée Le côté obscur des publications scientifiques. Et la liste de ces côtés obscurs est longue. Du trop bien nommé « publish or perish » aux biais rencontrés lors du processus de publication en passant par la crise de la reproductibilité et les problèmes relatifs à l’accessibilité de l’information, la liste de ces côtés obscurs est malheureusement très longue.

Pour vous en donner juste un aperçu, voici quelques chiffres tirés de cette présentation sur ce qu’il faut bien appeler la « mafia » des 4 grandes compagnies d’édition scientifique (Elsevier, Springer, Wiley-Blackwell et Tailor & Francis) qui forment un oligopole publiant près de 70% des articles scientifiques dans leur 2000 ou quelque journaux que chacune possède ! Pourquoi le terme mafia n’est sans doute pas exagéré ici ? Parce que les scientifiques qui produisent les connaissances publiées dans ces journaux le font essentiellement grâce à de l’argent public. Les bibliothèques universitaires qui paient des prix de fou pour s’abonner à ces revues le font aussi avec de l’argent public. Même chose pour les instituts et les laboratoires pour avoir accès à ces publications qui, il faut le rappeler, sont revues par des pairs non payés par ces compagnies privées qui font ainsi des marges de profit énormes de l’ordre de 30 à 40 % ! Pour vous donner une idée du caractère d’exception scandaleux de ces marges de profit, nos chers GAFAM, qui ne sont pourtant pas des enfants de cœur non plus, font des marges de l’ordre de de 20%. Et votre épicerie, probablement autour de 2,5%… Bref, pour contrer ce siphonage éhonté d’argent public par le privé, plusieurs initiatives de publications en libre accès sont évoquées, des plus mainstream aux moins légales comme Sci-Hub mais que tout le monde utilise tellement l’accès aux articles devient prohibitif. Un dernier chiffre pour la route : en 25 ans, les dépenses d’abonnement aux périodiques ont explosé de 400%, soit 4 fois plus que l’indice des prix à la consommation.

En lecture complémentaire, pour ceux et celles qui voudraient aller plus loin, je recommande ce long mais excellent article qui élargit encore plus le débat sur toute l’entreprise scientifique : The 7 biggest problems facing science, according to 270 scientists

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Parlant d’accessibilité aux données et de transparence, deux articles publiés ce matin sur la gestion de la Covid au Québec ont attiré mon attention parce qu’ils vont encore dans le sens de l’opacité et de l’arbitraire dont fait preuve le gouvernement Legault depuis le début de cette crise. Je ne vous en cite que deux extraits. Qui sait, avec ma moyenne de deux en deux pour le retrait des mesures absurdes précédemment critiquées ici, peut-être François reviendra-t-il une fois de plus à la raison ? 

D’abord celui de Julien Simard (soit dit en passant un ancien prof de l’UPop Montréal ! ) intitulé Couvre-feu et canicules, une question urgente de santé publique.

« Depuis quelques mois, on évoque régulièrement les conséquences délétères du couvre-feu aux niveaux psychologique, physiologique, économique, relationnel et social (isolement), qui sont immenses. Tant de souffrances inutiles, le couvre-feu n’ayant aucun effet sur l’extrême majorité des milieux où s’échange le virus (milieux de travail, écoles, garderies et milieux de vie et de soins) ni sur les contaminations à l’extérieur, qui représenteraient moins de 0,1 % des cas en Irlande selon une étude récente. J’ai démontré ailleurs que la plupart des indicateurs que nous possédons, notamment l’étude Connect de l’INSPQ, indiquent que le couvre-feu n’a aucun impact sur les rassemblements à domicile, qui se sont maintenus à un niveau très bas depuis septembre 2020. […]

Non seulement le couvre-feu ne sert à rien pour juguler la pandémie, il deviendra bientôt un danger très concret et potentiellement fatal pour de nombreuses personnes vulnérables. Le faire tomber est une urgence pour prévenir d’autres décès inutiles. À moins qu’on accepte tacitement, comme société, de faire durer plus avant ce laisser-mourir honteux de personnes vieillissantes, seules et déshydratées. En somme, on se retrouve ici devant l’intersection parfaite entre les questions de logement, les problèmes reliés à la chaleur, la crise sanitaire et les conséquences de l’approche sécuritaire et policière de la gestion de pandémie de la CAQ. Un cocktail explosif et morbide. »

 

Plus globalement, sur « l’ensemble de l’œuvre » de la CAQ depuis le début de la pandémie : Des messages incohérents de Québec suscitent plus de colère que les mesures imposées.

« Les pays qui ont le mieux maîtrisé la pandémie ont d’ailleurs établi très tôt des seuils pour les aider à imposer ou à retirer certaines mesures sanitaires. Par exemple, on disait au public : « Lorsqu’il y a tant de cas pour 100 000 habitants, on ferme tout, mais si c’est plus bas, on peut rouvrir. » De cette façon, la population sait ce qui s’en vient, ce qui peut arriver, et les mesures sont ajoutées ou enlevées de façon cohérente, dit M. Piccirillo. […]

L’étude du Dr Bacon montre que, peu importe le pays, l’un des éléments clés pour assurer l’adhésion aux mesures est d’expliquer aux gens pourquoi et comment leurs actions aident. Donc, au lieu de toujours dire aux gens que si on fait une chose ça va mal aller, ce serait mieux de leur dire que, si on prend cette action, les choses vont s’améliorer de telle ou telle façon. On ne peut pas continuer à dire : « Ne faites pas ça, sinon vous allez tuer votre grand-mère. » »