Elles sont plus nombreuses qu’avant à faire des « stand-up comiques » et à écrire des séries humoristiques en brandissant des sujets encore trop peu visibles au sein de l’industrie du spectacle.
À lire également
Menstruations, charge mentale et difficile conciliation travail-famille. « C’est maintenant entendu, les femmes peuvent faire rire et être comiques, mais elles font plus que ça : ce sont des pionnières du genre avec des thématiques féministes », résume la professeure du département de philosophie et des arts de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Mélissa Thériault, co-responsable du colloque « Femmes, féminisme et humour : une question vraiment sérieuse » qui avait lieu cette semaine au 93e Congrès de l’Acfas.
Le milieu de l’humour reste encore majoritairement masculin en 2026 mais les filles progressent avec pugnacité. Elles rencontrent toutefois plus d’embûches que leurs collègues. Moins de places, moins de rappels et des exigences d’excellence plus élevées. Dans un écosystème qui a ses propres règles et qui est très concurrentiel.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
En interrogeant des scénaristes de séries télé comiques, la chercheuse a découvert qu’elles doivent en faire plus que les gars. « On présume souvent que les hommes sont talentueux, tandis que les femmes doivent le prouver. Leur réussite n’a souvent pas même un capital symbolique, car elles ont l’impression qu’elles ont eu de la chance d’être là où elles sont », affirme la professeure de l’École des médias de l’UQAM, Stéfany Boisvert.
Ces artistes peuvent avoir un parcours scolaire plus long que leurs confrères mais aussi une discipline de travail exemplaire. Des premières de classe « qui se lèvent à 6 heures du matin et travaillent fort pour faire avancer leur carrière ».
C’est en plus du fait que ces dernières années, les mouvements luttant contre les violences à caractère sexuel (#MeToo, Dis son nom, Les Anonymes, etc.) ont également levé le voile sur de nombreux cas de violences contre les femmes de ce milieu. Des humoristes —mais aussi des intermédiaires : agents, producteurs, etc.— ont été pointés du doigt pour des inconduites et jusqu’à des agressions.
Un sondage cité au congrès rapportait que près de 80% des femmes de ce milieu rapportaient avoir subi au moins un épisode —et plusieurs fois pour une femme sur deux— et jusqu’à se faire offrir des opportunités de travail en échange de faveurs sexuelles pour certaines d’entre elles.
Ce que la chercheuse postdoctorante en sociologie de l’UQAM, Sophie-Anne Morency, explique par un écosystème aux rapports de pouvoir asymétriques, un milieu compétitif à la structure informelle et la culture de party. « Il y a aussi une convention humoristique que le rôle de l’humoriste est de bafouer les règles et les conventions sociales. La notoriété va créer un déséquilibre et souvent, les victimes ne sont pas crues lorsqu’elles déposent des plaintes », souligne-t-elle.
Sonia Cordeau, Ève Côté, Marie-Lyne Joncas et d’autres, partagent sur nos écrans et nos scènes des sujets universels, comme la difficulté de percer, la santé mentale et les maladies, ou l’avancement professionnel. Mais aussi certains sujets encore tabous, comme la violence gynécologique ou les injonctions de la maternité.
Séries et webséries: de la lasagne au gynéco
Dans les webséries, il va y avoir une personnalisation de ces enjeux à travers de petites histoires quotidiennes. « C’est important de mettre ce contenu à l’écran. La posture féministe va transparaitre dans le récit et cela va provoquer un inconfort en déconstruisant l'image de la femme/mère parfaite et en mélangeant humour et drame », décrit Jessie Morin, postdoctorante en communication à l’UQAM.
Leur contribution aux luttes féministes fissure le « plafond du rire » de manière parfois grinçante ou au bord des larmes, comme on peut le voir avec des séries comme Respirez, expirez! ou encore Fleur de peau.
Leurs personnages féminins vont aborder des thématiques qui touchent plus particulièrement les femmes, par exemple la sexualité décomplexée ou les menstruations. Et les nombreux témoignages des spectatrices sur les réseaux sociaux renforcent la légitimité à le faire.
Bien que mieux accueilli qu’avant par l’ensemble du public québécois, cela suscite encore des controverses chez une frange de l’auditoire, mais surtout un manque d’intérêt des diffuseurs et des médias. « Il y a un manque de visibilité en raison de stratégies de distribution moins porteuses et du peu d’articles locaux rapportant les bons coups de ces séries-là », note la Pre Boisvert.
Ce n’est pas une question de manque de créativité, car certaines gagnent des prix à l’international, comme la série québécoise La médiatrice, créée par Marie-Hélène Lebeau-Taschereau et Marie-Élène Grégoire. « Cette série a remporté le prix de la meilleure série au format court aux Emmy Awards l’an dernier [les grands prix de la production télévisuelle aux États-Unis] mais on en a peu entendu parler », ajoute-t-elle.
De même, soulignée à l’étranger avant de l’être chez nous, la série télévisuelle Empathie, de Florence Longpré illustre avec brio ce que peuvent transmettre les productions télévisuelles féminines. « Entre humour et drame, qui peuvent coexister dans la même série avec aussi beaucoup de sensibilité et de complexité dans leurs propos », ajoute la chercheuse Jessie Morin.





