Parmi les défenseurs de la théorie des « chemtrails » —ces traînées blanches dans le ciel qui seraient des épandages chimiques réalisés par les avions— il y a ceux qui prétendent que la « preuve » résiderait dans l’apparence particulière de certaines de ces traînées blanches. Le Détecteur de rumeurs explique.
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Les origines de la rumeur
La théorie des chemtrails existe depuis les années 1990. Selon cette croyance, des avions commerciaux répandraient délibérément des substances toxiques dans l’air, ce qui produirait des traînées blanches que l’on peut observer dans le sillage des avions. « Chemtrails » est ainsi une contraction de l’expression anglaise chemical trails.
Même les partisans de cette théorie reconnaissent toutefois que certaines traînées sont tout simplement composées, comme l’explique la physique, de vapeur d’eau. Mais plusieurs croient que celles qui les intéressent ont une apparence différente ou persistent plus longtemps.
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Comment se forment-elles?
Les traînées de condensation (ou « contrails » en anglais) sont des nuages de glace qui se forment à partir des gaz d’échappement des avions. Elles apparaissent quand l’air chaud et humide produit par les moteurs se mélange à l’air froid en altitude. La vapeur d’eau se condense alors, puis gèle, ce qui génère une traînée de cristaux de glace.
Cependant, ce ne sont pas tous les vols d’avion qui causent des traînées de condensation, souligne-t-on sur le site du National Air Traffic Services (NATS), le principal organisme responsable du contrôle du trafic aérien au Royaume-Uni. Pour que le phénomène survienne, l’appareil doit traverser une zone du ciel où l’air est froid et humide. Ces zones, appelées régions sursaturées en glace, peuvent s’étendre sur des centaines de kilomètres.
Par ailleurs, les avions qui volent à des altitudes de moins de 8000 mètres ne produisent pas de telles traînées, parce que la température ambiante n’est pas assez froide pour que la vapeur d’eau gèle instantanément, comme l’explique le site de la NASA.
Qu’est-ce qui favorise leur formation?
Plusieurs autres facteurs peuvent toutefois affecter la formation et la persistance des traînées de condensation, ajoute-t-on sur le site du RMI, un institut de recherche à but non lucratif qui s’intéresse à la transition vers des énergies propres.
Par exemple, une explication scientifique qui nous arrive du champ de la thermodynamique permet de déterminer si une traînée va se former. Il s’agit du critère de Schmidt-Appleman.
Dès les années 1940, l’allemand Ernst Schmidt s’était intéressé aux traînées de condensation. Dans sa foulée, les travaux d’un scientifique américain, H. Appleman, ont généré en 1953 des graphiques pour prédire la formation de ces traînées: plus précisément, à partir de quel niveau d’humidité relative une traînée visible est produite. En bref, les traînées de condensation ne peuvent pas se manifester si l’air est trop chaud ou trop sec, résume-t-on sur le site de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).
Mais ce n’est pas tout. Même si une région est favorable à la formation de cristaux de glace, cela n’arrivera pas s’il n’y a pas de particules dans l’air. Ce sont les particules qui se retrouvent dans les émissions des moteurs qui permettent la condensation. Résultat, l’apparition et la persistance des traînées de condensation dépendent non seulement des conditions atmosphériques, mais aussi des caractéristiques du moteur, expliquaient en 2025 des chercheurs de l’École de technologie supérieure de Montréal (ÉTS).
Y en a-t-il plus qu’avant?
Des partisans de la théorie des chemtrails allèguent qu’on peut observer de plus en plus de traînées dans le ciel. Toutefois, l’augmentation du nombre de traînées s’explique tout simplement par l’augmentation du trafic aérien, souligne Greenpeace dans un article développant sa position sur le sujet. La NASA estimait d’ailleurs en 2020 que 90 000 avions sillonnent le ciel chaque jour à travers le globe.
C’est aussi cette augmentation qui explique que les traînées peuvent à l’occasion former un quadrillé dans le ciel, mentionne le Département de la qualité de l’environnement de l’Arizona. Cette apparence est due aux patrons de vols qui suivent des corridors établis par les systèmes nationaux de l’espace aérien, dans le but de limiter les risques de collision.
Qu’est-ce qui explique leurs différentes apparences?
Les variations des conditions atmosphériques expliquent les différences observées entre différents types de traînées, mais aussi leur persistance, note Greenpeace. C’est toutefois difficile à prédire en raison de la grande variabilité de l’humidité, soulignaient des chercheurs allemands dans un article publié en 2022.
En effet, les traînées de condensation s’évaporent rapidement quand l’humidité est basse, précise le Département de la qualité de l’environnement de l’Arizona. Elles se dissipent en quelques minutes, voire quelques secondes.
À l’inverse, les traînées peuvent persister plusieurs heures quand l’humidité est élevée. Elles vont ainsi demeurer visibles dans le ciel longtemps après que l’avion ait disparu. De plus, si la direction et la vitesse des vents sont constantes, la traînée peut conserver sa forme pendant plusieurs heures.
Par ailleurs, certaines substances contenues dans les gaz d’échappement des avions, comme l’oxyde de soufre et les hydrocarbures, peuvent contribuer à la persistance des traînées, en ralentissant la fonte des petits cristaux de glace.
Enfin, quand un avion entre dans une zone propice à la formation de trainées de condensation, celles-ci peuvent donner l'impression de commencer ou de s’arrêter subitement. En fait, la distance entre l’avion et la traînée dépend de la vitesse de l’appareil, du taux de combustion, de la densité de l’air et de la stabilité de l’atmosphère: Appleman avait été le premier à calculer cela en 1953.
Assez longtemps pour former des nuages?
Dans certaines conditions, les traînées de condensation persistent assez longtemps dans l’atmosphère pour se propager et former des étendues nuageuses de type cirrus, explique-t-on sur le site du RMI. Cela se produit lorsque l’air ambiant est sursaturé en glace, ajoutent les chercheurs de l’ÉTS.
C’est ainsi que, dans certains corridors aériens, la couverture nuageuse peut même augmenter de 20 %, estime-t-on sur le site de l’EPA. Il est d’ailleurs difficile de distinguer les cirrus créés par les traînées de condensation des cirrus naturels.
Verdict
La variété dans les formes et dans la persistance des traînées de condensation s’explique par la physique, la météorologie et la thermodynamique. Une partie peut même être prédite avec des calculs vieux de plus d’un demi-siècle. Il n’est nul besoin de faire intervenir le concept des chemtrails pour expliquer le phénomène.





