Certains de ses membres tournent, dans une glaise riche et parfumée, de superbes et pratiques poteries. Quelques-uns tissent les roseaux prélevés sur les rives du grand fleuve généreux. D'autres font jaillir, à partir de peaux d'animaux, des vêtements chauds et protecteurs. Chacun des membres du petit groupe d'humanoïdes accomplit une tâche, réalise un travail.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Maurouk est insomniaque. Il faut l'arracher chaque matin de son sommeil pour, péniblement, l'entraîner aux champs. Il est somnolent; son rendement laisse à désirer. Il provoque fréquemment la grogne de son entourage.
La nuit tombée, il en est tout autrement. Maurouk s'agite, ses yeux pétillent, il retrouve avec la fraîcheur de la nuit une ardeur étonnante. Recroquevillé au sommet d'une colline avoisinante, il contemple jusqu'au petit jour le spectacle céleste. Toujours surpris et fasciné par les changements quotidiens qu'il y observe, il rêvasse en pensant aux significations de ceux-ci. Un jour, ou plutôt une nuit, à vrai dire au petit matin, il a l'intuition que le lever d'une brillante étoile (Sirius) annonce le début des crues du fleuve nourricier.
De bons yeux et une qualité atmosphérique exceptionnelle sont essentiels. Maurouk remarque l'apparition de l'étoile quelques instants avant le lever du Soleil. Dans les jours qui suivent, le fleuve se gonfle. Cet événement prémonitoire servira à organiser, année après année, le calendrier des activités agricoles.
Maurouk obtient ainsi, de ses semblables, une reconnaissance de facto de son pouvoir de «voir» dans le futur, et à en tirer des enseignements pour le présent. En reconnaissance de ses «services», on lui accorde le privilège de rester au lit tout le jour. Pour faciliter ses observations, on lui érige une confortable aire de guet. Maurouk interprète avec autant de succès l'influence de la Lune sur l'augmentation du volume des mers voisines.
Au fil des ans, sa réputation franchit de grandes distances et parvient à l'oreille d'un puissant monarque. Celui-ci l'envoie chercher pour s'enquérir auprès de lui de son avenir. Parvenu sous bonne garde au Palais, Maurouk admire la somptuosité des lieux. On l'avait prévenu des préoccupations du souverain, ce qui lui a donné le temps de «voir venir». En parcourant les longs corridors menant à la salle du trône, Maurouk se surprend à penser qu'il doit être idyllique d'habiter un tel lieu. Et pourquoi pas lui ?
Face à un roi prédisposé, il n'a aucune peine à le convaincre de l'avantage d'avoir sous son propre toit le porte-parole des «cieux» qu'il est. Maurouk emménage donc au Palais. Depuis, il partage les festins et les bacchanales du château. Maurouk, le premier des astrologues, est devenu le confident suprême du Royaume, celui qui interroge le ciel et en tire les conclusions utiles à la bonne marche des guerres, à la conclusion des alliances, à l'élaboration des stratégies profitables et gagnantes.
Sur sa lancée on voit, au fil du développement de la civilisation, apparaître d'autres individus disposés à prétendre au confort en prédisant l'avenir. De nos jours, l'astrologue fait sourire. On écoute plus volontiers l'économiste, plus fumeux, plus retors.




