Même après 20 ans de débats, le réchauffement climatique demeure un problème de communications : les « sceptiques » continuent d’avoir un impact sur l’opinion publique, le climat n’est pas en tête des préoccupations du public, et ne l’est donc pas davantage pour les politiciens et les médias.

Ce sont là les conclusions de deux chercheurs américains en communications, qui ont étudié « vingt années d’opinion publique sur le réchauffement planétaire ». Pendant ce laps de temps, des dizaines d’études ont été menées par des médias, des universités et des groupes non partisans sur la perception du public. Matthew Nisbet et Teresa Myers, eux, ont choisi d’en faire une synthèse. Leur travail n’apportera donc aucune nouvelle donnée scientifique à ceux qui sont pour ou contre le Protocole de Kyoto, mais il pourrait apprendre aux scientifiques pourquoi leur message passe parfois si mal.

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Trois constats se dégagent de cette étude, résume Nisbet sur son blogue. Tout d’abord, l’impact que les « enviro-sceptiques » continuent d’avoir, envers et contre tous. Bien qu’une majorité d’Américains soit convaincue que le réchauffement est une réalité, et que les gaz à effet de serre en sont la cause, une forte proportion croit encore qu’il subsiste un débat parmi les scientifiques. Du coup, cela rend l’opinion publique plus « volatile », et moins susceptible d’appuyer d’éventuelles politiques anti-pollution, écrivent les chercheurs dans le Public Opinion Quarterly.

Deuxième constat : bien que les Américains se disent préoccupés par le réchauffement, cette préoccupation n’est pas en haut de la liste, loin de là. Résultat, les politiciens n’ont pas d’incitatifs à prendre une position ferme. Troisième constat, qui découle du précédent : bien que certains politiciens (surtout au parti démocrate) et groupes environnementaux aient réussi à incarner un sentiment d’urgence, le message ne passe donc pas; pour passer au niveau supérieur, concluent les auteurs, il faudra trouver de nouvelles plate-formes, de nouveaux modes de communication, voire de nouveaux chefs de file.

Mais une telle interprétation de données statistiques peut donner lieu, justement, à interprétation, commente l’Américain Roger Pielke Jr, spécialiste des politiques environnementales, sur le blogue de Matthew Nisbet. À ses yeux, les auteurs n’ont pas démontré que l’opinion publique soit plus « volatile » parce qu’elle croit qu’il subsiste un débat. Au contraire, « ce que je trouve de plus remarquable dans ces données, c’est combien l’opinion publique est cohérente tout au long de la décennie... La vraie leçon à retenir, c’est que le public a toujours accordé plus de valeur à l’économie, au crime, à l’éducation et à la guerre, qu’au réchauffement climatique... Essayer de prendre un problème qui se mesure en siècles pour le transformer en la plus importante question aux yeux du public, c’est trop demander. C’est demander à la science plus que ce qu’elle est capable de donner. »

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