L’Agence Science-Presse a publié le 21 novembre 1978, il y aura donc 30 ans cet automne, le tout premier numéro de son bulletin, Hebdo-Science. Voici un autre des 30 articles que nous vous offrirons d’ici au 21 novembre 2008, passant en revue certains bons coups... et certaines choses qui ont beaucoup vieilli!

Minitel et Alex à la conquête des foyers québécois

Cette année, les Québécois auront accès à deux nouveaux instruments de communication : le Minitel, qui a fait son apparition il y a un mois, et Alex, qui sera disponible dès la fin de l’année.

Minitel et Alex se branchent sur n’importe quel téléphone. Semblables à des micro-ordinateurs, ils permettent de communiquer instantanément avec d’autres abonnés qui lisent vos messages sur leur écran. Ce système appelé « interactif » permet d’obtenir son horoscope, de réserver des billets, de faire des achats à domicile et même de draguer d’autres abonnés... à condition bien sûr de défrayer certains coûts d’abonnement et de location.

Minitel vs Alex

Environ 500 Québécois utilisent le terminal Minitel depuis son lancement à la fin d’avril, par le Centre d’excellence en télécommunications intégrées (CETI). C’est beaucoup moins que les quatre millions de Français usagers du Minitel. Mais ces derniers obtiennent leur terminal gratuitement en guise d’annuaire téléphonique, depuis le lancement du Minitel dans leur pays en 1982.

Les abonnés québécois ont présentement accès à une dizaine de services sur leur Minitel. Les principaux sont le courrier électronique, les résultats des tirages de Loto-Québec, les petites annonces et la très populaire « messagerie rose » qui permet de draguer à distance tout autre utilisateur du service sans nécessairement connaître son nom ou son adresse —et sans révéler les siens! Le nombre de services accessibles sur Minitel devrait grimper très prochainement à environ 200.

Alex, le réseau de télématique concurrent développé par Bell Canada, offrira sensiblement les mêmes services que Minitel dès décembre prochain, peut-être plus si l’on en croit les promoteurs. « En plus de 60 fournisseurs de services, Alex offrira l’annuaire téléphonique de la région 514, avec consultation gratuite de trois minutes », annonce André Chapleau, de Bell. Plusieurs services seront toutefois accessibles à la fois sur Alex et sur Minitel, comme Loto-Québec qui envisage même de faire jouer les utilisateurs directement à l’écran.

Une bataille technologique

Les technologies d’Alex et du Minitel sont différentes. « La technologie Télidon que va utiliser Bell est supérieure à celle du Minitel, concède d’emblée Gérard Sabourin, président du CETI, mais elle n’est pas compatible avec celle qu’utilisent d’autres pays. » Moyennant les frais d’interurbain, Minitel permet en effet de communiquer avec 28 autres pays membres du réseau. Mais André Chapleau, de Bell, doute que les Canadiens aient envie de défrayer d’énormes coûts d’interurbains pour communiquer avec d’autres pays par terminal interposé. Il soutient que la technologie Télidon permet une meilleure qualité de l’image et une plus grande rapidité des communications entre usagers d’un réseau télématique.

Bell compte recruter les abonnés d’Alex surtout chez les individus. Le CETI vise pour sa part davantage les entreprises qui, selon Gérard Sabourin, représenteraient 35% du marché du Minitel au Canada.

Les Québécois peuvent acheter un terminal Minitel dans les magasins de la chaîne SPEC électronique pour 600$ ou le louer à raison de 25$ par mois, en plus de débourser un maximum de 15$ par heure d’utilisation. Alex coûtera seulement 7,95$ par mois en location et il n’y aura pas d’abonnement minimum, mais les taux d’utilisation pourront s’élever jusqu’à 40$ l’heure. Les deux réseaux offriront certains services gratuits.

Par Benoît Chapdelaine, Hebdo-Science, 31 mai 1988