Scène étrange. Un gardien de bétail de Kisumu, au Kenya, répond à son téléphone. Après avoir écouté le message, il répète la phrase, mais dans son dialecte, le Masaï. Puis, il écoute une autre phrase, et le « travail » se poursuit ainsi pendant une trentaine de minutes. À la fin, il a gagné assez d’argent pour payer une semaine d’utilisation de son téléphone.
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Son employeur, situé dans la capitale, s’appelle txteagle. Il permet à des personnes comme lui de gagner du temps d’utilisation de cellulaire en effectuant de telles tâches —traduction ou transcription, en utilisant leurs téléphones.
Le principe n’étonne plus quand on en entend parler en Amérique du Nord et en Europe : la collaboration de masse, qui relie par Internet des milliers de personnes, chacune effectuant une minuscule portion du travail d’ensemble. Mais il étonne un peu plus quand on voit combien il a été facile de l’implanter dans des portions du globe qui ont plus difficilement accès à Internet.
Seti@Home, ce logiciel qui, installé sur des millions d’ordinateurs personnels, analyse des montagnes de données, était le pionnier de cette forme de collaboration de masse. Mais il y a des choses que les ordinateurs ne peuvent pas faire à la place des humains, et la traduction est l’une d’elles.
Le New Scientist donne en exemple le cas de la compagnie Nokia, qui veut créer des interfaces pour ces téléphones dans la soixantaine de langues parlées au Kenya, mais ne dispose pas des connaissances linguistiques nécessaires. D’où txteagle : les contributeurs, comme ce gardien de bétail masaï, reçoivent des messages textes en anglais, et les traduisent. Le même mot est envoyé à plusieurs collaborateurs, et si suffisamment d’entre eux renvoient la même réponse, « celle-ci est acceptée par le système », explique Nathan Eagle, le fondateur de txteagle, et chercheur en téléphonie mobile au Massachusetts Institute of Technology.
Sont également en développement : des applications de reconnaissance vocale, qui permettraient au logiciel de distinguer les différents accents d’un dialecte (on demande à différents utilisateurs d’écouter une phrase, puis de la répéter, ce qui fournit au logiciel différentes prononciations).
Même le paiement était un défi au Kenya, où l’infrastructure bancaire est couci-couça. D’où ce concept, créée en 2008 par la compagnie kenyane de téléphonie mobile Safaricom, qui permet de donner du temps d’utilisation au lieu d’argent, et qui pourrait s’étendre à d’autres pays.





