Salles de classe en manque de rénovations, chantiers déserts, pavillons de recherche en stand-by... La crise économique rattrape le monde universitaire... par ses bâtiments.

L’Université de Montréal croise les doigts en attendant une réponse du fédéral. Elle pourrait recevoir une subvention pour entamer la première phase de construction de son nouveau pavillon des sciences à Outremont, sur le site de l’ancienne gare de triage. Dans son budget de janvier, le gouvernement fédéral a promis une enveloppe de 2 milliards $ pour les infrastructures des établissements postsecondaires, afin d’assurer la relance.

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C'est que les revenus pour la construction dépendent des subventions gouvernementales et de la philanthropie, explique Sophie Langlois, directrice des relations médias pour l’Université de Montréal. En ce moment, «l’université peut compter sur moins de dons majeurs et la réponse que nous avons est : “Revenez peut-être un peu plus tard…”».

Ailleurs au pays, les nouvelles ne sont pas meilleures. L'Université de Toronto, la plus riche au pays, a perdu 1,3 milliard $ en investissements. Et le fonds de dotation (où vont les dons) de l'Université McGill a fondu d'environ 20 %.

Les dommages s'étendent de l'autre côté de la frontière. L'université Brown au Rhode Island prévoyait construire un pavillon d'éducation médicale et un autre en neurosciences. Elle devra se satisfaire de rénovations de bâtiments existants. Malgré la priorité que la direction avait donnée au projet, le fonds de dotation de l'université a... fondu.

Même son de cloche pour la célèbre Harvard, à Boston, qui était prête à poser la première brique de ce qui aurait été l'un des plus grands centres académiques de science aux États-Unis. Mais l'université prévoit une perte de 30 % de ses fonds... Résultat, le projet prend une pause.

En plus de chantiers déserts, la crise soulève de sérieux problèmes pour l'accès à l'éducation. L’Université d’État de l’Arizona fermera les portes de 48 programmes académiques en septembre. Plusieurs étudiants devront compléter leur programme sur un autre campus. L’Université d’État de Californie menace de refuser 10 000 nouveaux étudiants. L'université diplôme 44 % des ingénieurs de l'État et environ 60 % des infirmières.

Reprendre son souffle

Reste que les investissements dans les infrastructures ne sont pas tout. Ainsi, le plan de relance du président Obama pourrait donner un coup de pouce aux universités prises à la gorge. Près de 40 milliards $ distribués aux États sont dédiés à éviter les coupures en éducation. Quelques milliards supplémentaires vont à la recherche.

Du côté canadien, plusieurs chercheurs, ces derniers mois, ont critiqué les coupures du gouvernement Harper dans la recherche. Il y a bien ces 2 milliards qui ont été annoncés, mais essentiellement pour les infrastructures. Le président de l'ACFAS (Association francophone pour le savoir), Pierre Noreau, a critiqué les choix du gouvernement dans une lettre ouverte : « on favorise la politique du béton, sans se poser cette question fondamentale: qui travaillera dorénavant dans ces infrastructures? »

Il trouve écho chez l'Association canadienne des professeurs et des professeures d'université qui tenait son assemblée générale en avril. Si les dollars investis en infrastructures sont les bienvenus, le manque d'investissement en recherche l'est moins. Selon Ryan McKay, de l'Université de l'Alberta, ce n'est pas une question de savoir si le verre est assez plein : « nous recevons de l'argent pour le verre, mais nous ne recevons pas d'argent pour l'eau... » Le professeur donne l'exemple de l'Institut de design biomoléculaire, où l'équipement accumulait la poussière depuis des mois parce que les subventions de fonctionnement n'étaient pas disponibles.

Tom Traves, président du conseil d’administration de l’Association des universités et collèges du Canada, acquiesce : « des compressions de 5 % sur 3 ans dans les budgets des organismes subventionnaires sont manifestement inquiétantes; nous nous trouvons dans un contexte de concurrence féroce ». Car si les budgets se révèlent insuffisants, le problème de l'exode des chercheurs pourrait poser un sérieux problème...

Geneviève Puskas

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