En 2007, le rapport du GIEC sur les changements climatiques estimait que la hausse du niveau des mers, d’ici l'an 2100, pourrait se situer n’importe où entre 19 et 59 centimètres, la grosse inconnue étant la vitesse à laquelle fondront les calottes glaciaires. Avant même d’être publiée, cette estimation était démodée.

Les glaces, des plus hautes montagnes jusqu’aux Pôles, fondent différemment de ce qu’on imaginait il n’y a pas si longtemps : ce n’est pas comme un de vos cubes de glace reposant sur une table de jardin qui rétrécit progressivement jusqu’à disparaître. Il y a, tout autour, une dynamique de vents, de crevasses et de glissements, qu’on a commencé à comprendre dans les années 2000 et c’est cette dynamique qui a rendu les prévisions démodées.

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La bonne nouvelle : les scénarios les plus catastrophiques, comme un effondrement soudain de la calotte du Groenland, peuvent maintenant être exclus. La mauvaise nouvelle : les estimations du GIEC étaient trop optimistes.

Même si toutes les émissions de gaz à effet de serre devaient cesser aujourd’hui, le niveau des eaux continuerait d’augmenter, a estimé dès 2007 Stefan Rahmstorf, de l’Institut Potsdam sur les changements climatiques, en Allemagne. « Le taux actuel de hausse continuerait pendant des siècles si les températures étaient constantes, et cela ajouterait 30 centimètres par siècle au niveau global des mers », résume-t-il ce mois-ci dans le New Scientist .

Une partie de cette hausse proviendrait des glaciers, une partie de ce que les océanographes appellent l’expansion thermale des océans, et un gros morceau proviendrait des calottes polaires et du Groenland. C’est dans ce gros morceau que se situe ce que le GIEC a sous-estimé, selon Rahmstorf, une opinion renforcée par Eric Rignot, de l’Université de Californie à Irvine. Ce dernier a démontré, à partir de données satellites, que la fonte des calottes polaires s’accélère.

C’est aussi ce que disait Robert Bindschadler, du Centre d’études spatiales Goddard de la NASA, lors d’une rencontre récente d’experts du climat. La vitesse à laquelle deux glaciers du Groenland glissent vers l'océan a doublé en cinq ans. Le Groenland perd 300 gigatonnes par an, ce qui est assez pour hausser le niveau des mers de 0,8 millimètre par an.

Ce sont toutes ces observations que les auteurs du dernier rapport du GIEC, en 2007, n’avaient pas eu le temps de digérer. Or, que représentent concrètement ces changements? Eh bien si la tendance se maintient, la hausse des mers en 2100 pourrait atteindre un mètre, selon Eric Rignot (voir encadré). Entre 50 centimètres et 1 mètre 40, selon Stefan Rahmstorf, qui ajoute que le scénario élevé est le plus probable. « Au moins un mètre », assure Robert Bindschadler.

Mais il reste encore des inconnues. Une variation des vents dominants peut ainsi ralentir ou accélérer le processus. Il reste donc aux glaciologues à créer des modèles régionaux des variations climatiques. Peut-on attendre? Ce n’est pas l’opinion d’Eric Rignot, dans le même article du New Scientist : « nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre 10 ou 20 ans pour avoir de bons modèles des glaces permettant de dire aux gens « Eh, le niveau des mers va en fait monter de 2 mètres plutôt que de 50 centimètres ». »

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