C’est bien connu, les compagnies pharmaceutiques n’aiment pas trop crier sur les toits qu’une recherche sur un de leurs médicaments a échoué. Une série de scandales aidant, elles ont commencé à se plier à l’obligation, aux États-Unis, de verser dans une base de données publique l’ensemble de leurs résultats, qu’ils soient bons ou mauvais. Mais la transformation des données négatives en véritables articles reste encore un voeu pieux.

Or, c’est une chose que d’avoir des données accessibles à tous, c’en est une autre que d’espérer que les médecins iront consulter ces résultats. En matière d’information, rien ne bat encore le bon vieil article. La publication de deux recherches simultanées risque donc de relancer la controverse :

- neuf ans après la création de la base de données publiques ClinicalTrials.gov, seulement la moitié des essais cliniques y sont adéquement « enregistrés »;

- et moins de la moitié de ceux qui sont adéquatement enregistrés ont fait l’objet d’un article dans une revue médicale, écrit l’épidémiologiste Philippe Ravaud, de l’Université Paris-Diderot dans le Journal de l’Association médicale américaine ;

- par ailleurs, deux articles sur trois ne signalent pas que leurs données sont présentes dans la base de données en question, écrit Joseph Ross, de l’École de médecine Mont-Sinaï (New York), dans la revue en accès libre Public Library of Science Medicine .

Depuis la création de ClinicalTrials, des organismes font appel aux revues pour qu’ils établissent comme condition de publication le fait d’avoir déposé les résultats dans une telle base de données. En 2007, l’autorité américaine en santé, la Food and Drug Administration (FDA), a serré la vis, obligeant tout essai clinique d’un produit approuvé par la FDA à avoir ses données déposées dans ClinicalTrials.gov.

Cette semaine, le rédacteur en chef du Journal de l’Association médicale canadienne, mentionnant le Dr Joseph Ross —auteur de la seconde étude— en profite pour lancer en éditorial un appel à « une pleine transparence ». Son appel est plus particulièrement inspiré par le scandale des prête-noms —des scientifiques ont signé des études rédigées par un rédacteur anonyme qui, lui, était payé par l’industrie pharmaceutique— qui a éclaboussé une chercheure montréalaise le mois dernier.

« L’enregistrement [des données] ne peut pas à elle seule améliorer la qualité de la recherche », reconnaît dans Nature la directrice de ClinicalTrials.gov, Deborah Zarin. Mais il y a un avantage : sans cette base de données, les deux études critiques mentionnées plus haut n’auraient pas pu exister.

Également interrogée par Nature, une informaticienne médicale de l’Université de Californie rappelle qu’une telle base de données n’a pas été instituée pour résoudre à elle seule le problème des résultats que les compagnies préféraient balayer sous le tapis. « Une fois que nous savons qu’une étude existe, nous devons faire l’effort d’en parler. »