Avec la fin de l’été tombent les mêmes statistiques —fonte des glaces, températures moyennes— qui confirment une tendance au réchauffement amorcée il y a plus d’un siècle. Mais les sceptiques préfèrent pointer des tendances à court terme —et du coup, fournissent de nouveaux prétextes à l’inaction...

Il y a une chance sur 8 pour que le réchauffement planétaire se stabilise pendant la prochaine décennie, avant de reprendre sa course vers le haut. C’est ce qu’on peut lire dans une étude parue en août dans le Bulletin de la Société américaine de météorologie. Bien que ce phénomène soit prévisible —le réchauffement, depuis le XIXe siècle, n’a jamais été sous la forme d’une courbe bien droite, mais en dents de scie— il pourrait ébranler le —fragile— élan vers une entente internationale sur les gaz à effet de serre.

Illustration. « Les gens comprennent ce que je dis mais, à la base, finissent par me dire Nous n’y croyons pas du tout », explique au New York Times Mohib Latif, climatologue et océanographe allemand, qui donne des conférences où il tente d’expliquer la différence entre ces variations normales du climat et les tendances à long terme du réchauffement climatique. Son audience ne voit pas, ou ne veut pas voir, la différence.

Le journaliste du New York Times en profite pour rappeler que le récent « plafonnement » des températures moyennes est un épouvantail brandi pratiquement tous les jours par les blogueurs « enviro-sceptiques » et les lobbyistes américains opposés au projet de loi sur le climat qui, voté par la Chambre des représentants, se retrouve à présent devant le Sénat.

Pourtant, les nouvelles de cette fin d’été sont tout sauf réjouissantes :

- les températures à la surface des océans furent cet été les plus élevées depuis que de telles données sont disponibles, soit depuis 1880; - l’étendue de glace qui recouvre l’océan Arctique a diminué sous la moyenne, bien qu’elle n’ait pas atteint le record de 2007.

Or, sur quoi insistent les sceptiques? Sur le fait que le record de température de 1998, une année El Nino —les années El Nino sont traditionnellement plus chaudes— n’aurait pas encore été battu (il l'aurait été en 2005, selon la NASA). Ou sur le fait que la série inhabituelle d’ouragans de 2004-2005 n’a pas eu d’équivalents depuis.

Cette vision est particulièrement dangereuse, semble leur répondre une étude parue dans la dernière édition de la revue Nature. Les auteurs ont voulu définir ce que pourraient être ces fameux « points de non-retour » (tipping points) dont parlent climatologues et écologistes, c’est-à-dire ces seuils que l’humanité ne devrait pas dépasser, sans risquer d’entraîner des perturbations majeures sur notre planète (l’acidification des océans, la couche d’ozone, etc.). L’équipe a défini neuf de ces seuils; trois seraient déjà dépassées : la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, la quantité d’azote dans l’environnement (notamment les engrais) et la vitesse à laquelle les espèces disparaissent.

Mais voilà qui est bien compliqué. Face à cela, l’argument des sceptiques a beaucoup plus de chances de toucher une corde sensible : les gens, expliquent les sociologues, se sentent traditionnellement plus concernés par une tendance à court terme que par une tendance à long terme. Ou bien, comme l’explique l’économiste Paul Krugman :

Une partie de la réponse réside dans le fait qu’il est difficile de garder l’attention des gens. La température fluctue... N’importe quelle année qui a battu un record sera normalement suivie par pun certain nombre d’années plus froides. Il est donc tellement facile d’en conclure que le danger est passé.

Pascal Lapointe