Nos ancêtres mâles étaient-ils casaniers et leurs femelles, de grandes voyageuses? Ça ferait une belle manchette mais la réalité est plus... casanière.

Pas facile de déterminer, après deux millions d’années, et à partir d’une simple poignée de fossiles, si un (ou une) australopithèque a voyagé. Des chercheurs ont donc suivi une intuition : les dents et leurs isotopes.

Explication. Il est possible de déterminer (à peu près) le lieu d’origine d’un fossile à partir de la « signature isotopique » inscrite dans ses dents (du strontium, pour les intimes). En termes clairs, on parle ici d’une signature naturelle, qui s’inscrit dans les dents pendant la croissance d’un enfant.

Or, l’équipe dirigée par l’Américain Sandi R. Copeland, attaché à l’Institut Max-Planck d’anthropologie de l’évolution à Leipzig, Allemagne, a constaté que dans les dents de femelles australopithèques vieilles de 2 millions d’années, la signature isotopique était différente de la signature du lieu où ces femelles ont été découvertes (deux cavernes d’Afrique du sud). Et ça se présente plus souvent dans les dents des femelles que dans celles des mâles de ces deux cavernes.

Cela signifie-t-il que la femelle australopithèque était une plus grande voyageuse que le mâle? Malheureusement pour la belle histoire, pas du tout. Cela signifie juste qu’au cours de sa vie, elle a déménagé. Et là-dessus, les commentaires ont vite fait de souligner que même chez les chimpanzés, la femelle change de communauté lorsqu’elle atteint l’âge de procréer. En langage savant, ça s’appelle l’exogamie.

Chez les humains, pendant des millénaires, cela consistait à aller chercher une épouse dans le village d’à côté —ce qui ne faisait pas pour autant de la femme une grande voyageuse. En fait, nulle part dans leur article, paru le 1er juin dans la revue Nature , les chercheurs ne tirent-ils une telle conclusion.

Ils ont donc dû être très surpris de lire que, le lendemain, le quotidien Daily Mail de Londres titrait : « Les femmes sont celles qui décident depuis des millions d’années, affirment des scientifiques ».

Le tout accompagné d’une belle photo de l’actrice Raquel Welch, tirée du film One million Years B.C. (1966), et habillée d’une peau de bête suggestive. Depuis la parution de cet article le 2 juin, des journalistes scientifiques n’en reviennent toujours pas.