La réalité virtuelle vient au secours des paléontologues qui commencent à se sentir un peu mêlés avec tous ces crânes d’humains ou de pré-humains qu’on ne sait trop où placer dans notre arbre généalogique. Le résultat est l’image d’un crâne qui pourrait être ce à quoi ressemblait l’ancêtre commun à tous les Homo sapiens, il y a 300 000 ans.

« Plus ou moins, c’est un humain moderne », a résumé en entrevue Aurélien Mounier, du CNRS/Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. « Mais il ne correspond à aucune population actuelle. C’est quelque chose de différent. »

Si l'on s’entend pour dire que nos ancêtres ont quitté l’Afrique dans les 100 000 dernières années, ce qu’on appelle l’Homo sapiens était déjà là depuis longtemps. Mais dans la dernière décennie, le portrait s’est considérablement complexifié : un fossile vieux de 270 000 à 300 000 ans découvert au Kenya en 1986, et un autre vieux de 315 000 ans découvert au Maroc en 2017, montrent assez de ressemblances avec nous pour avoir été qualifiés d’Homo sapiens archaïques, mais assez de différences pour rendre les experts perplexes.

Mounier et sa collègue Marta Mirazon Lahr, de l'Université Cambridge, ont donc numérisé 263 crânes de différentes époques et provenant de différents continents (29 populations différentes), en plus de crânes de Néandertaliens pour avoir une base de comparaison, et ont tenté d’en dégager une tendance permettant de reconstituer le crâne de celui qui serait leur ancêtre à tous. Leur recherche est parue le 10 septembre dans Nature Communications.

L’individu virtuel, tout en ayant l’allure d’un humain moderne, présente davantage de similarités avec les fossiles du Kenya et du Maroc, ce qui fait suggérer aux deux auteurs que notre lignée d’Homo sapiens pourrait être le résultat d’une hybridation de ces deux groupes. En fait, ils vont jusqu’à parler de trois populations distinctes dans leur catégorisation, la troisième incluant deux fossiles pourtant séparés par des milliers de kilomètres, l’un au Kenya et l’autre en Afrique du Sud.

Leur travail, conviennent-ils eux-mêmes, ne mettra pas fin au débat : toute reconstitution de ce genre est dépendante de « l’échantillon » à notre disposition — c’est-à-dire les fossiles qui ont survécu au passage du temps — et pourrait être altérée par de futures découvertes.

Ci-dessus : vidéo du CNRS vulgarisant la publication de Mounier et Lahr.