On avait perdu l’habitude de voir quelque chose se poser sur la Lune. Et à en juger par les réactions sur les réseaux sociaux, plusieurs avaient également sous-estimé la Chine.

La sonde chinoise Chang'e 3 s’est donc posée sur le sol lunaire samedi 14 décembre, tel que prévu lors de son lancement deux semaines plus tôt. Elle a aussitôt déployé ses panneaux solaires puis, sept heures plus tard, fait descendre son véhicule à six roues —celui poétiquement appelé Lapin de Jade.

Les deux appareils devaient se prendre mutuellement en photo 24 heures après l'alunissage.

À l’exception de sondes spatiales qui se sont écrasées sur la Lune après avoir accompli leurs tâches en orbite, c’est le premier alunissage en douceur depuis les années 1970. Quarante et un ans après la dernière mission habitée, Apollo 17, et trente-sept ans après la sonde automatique Luna 24, lancée par ce qui s’appelait encore, à l’époque, l’Union soviétique.

Ajout 15 décembre, 20h

La télévision chinoise CCTV a diffusé une première photographie couleur du véhicule, prise par le grand frère qui l'a conduit là-haut, et inversement, une photo du grand frère prise par Lapin de Jade (ci-contre).

Ajout 16 décembre, 15h15

Deux brefs regards d’outre-mer.

  • Dans sa première intervention depuis l’alunissage, le prolifique blogueur-astronome Phil Plait se réjouit pour l'exploit, mais se désole pour les Américains, qui ne lui semblent aller nulle part en matière d'exploration spatiale.
  • Dans un court billet, Revisiting the Moon, le physicien américain Sean Carroll se réjouit du succès chinois et en parle à la première personne: «nous», l’espèce humaine, sommes de retour sur la Lune.

Ajout 15 décembre, 9h30

Le véhicule Lapin de Jade —un nom choisi au terme d’un concours sur Internet— n’est pas un camion d’enfants: 120kg, capable de grimper un obstacle à 30 degrés d’inclinaison. Vitesse de pointe: 200 mètres à l’heure. Il est de taille comparable au robot Opportunity qui roule sur Mars.

Les panneaux solaires et le générateur nucléaire devraient permettre respectivement au véhicule et aux instruments scientifiques de l’atterrisseur de fonctionner pendant trois mois. Tous les observateurs semblent s’entendre pour dire que cette mission représente avant tout d’un banc d’essai en vue des missions suivantes —on parle notamment d’une autre sonde qui, en 2017, ramènerait des échantillons lunaires sur Terre. Et peut-être même, à en croire les rumeurs distillées par les médias officiels chinois, une mission habitée sur la Lune après 2025.

C’est donc le troisième pays à réussir un alunissage sur un autre monde —et aux quatre coins d’Internet, les qualificatifs de «course à l’espace» ont empli le cyberespace samedi.

Une descente par paliers

Arrivée en orbite lunaire le 6 décembre, à 100 km d’altitude, Chang’e 3 est progressivement descendue jusqu’ à 15km d’altitude, puis a entamé la descente proprement dite, en 12 minutes. Ses rétrofusées l'ont fait progressivement ralentir, jusqu'à une vitesse horizontale nulle, à 4 mètres d'altitude... et de là, chute libre. Sur une lune où la gravité est six fois moindre que chez nous: le choc est donc moins rude.

La sonde s’est posée dans une plaine appelée Sinus Iridum, la Baie des arcs-en-ciel. L’une des des photos, parmi les 59 obtenues de la descente, montre une patte plantée dans le sol lunaire.

Ajout 15 décembre, 20h

En fin de compte, ce ne serait pas Sinus Iridum, mais légèrement plus à l'est, là où commence la Mer des Pluies (Mare Imbrium), précise Nature . Un lieu qui, poursuit son journaliste, réjouit les géologues ailleurs dans le monde, en raison de la présente de roche magmatique qui pourrait nous éclairer sur l'évolution de notre satellite: des photos de l'époque d'Apollo y montrent les traces laissées par des coulées de lave, qui remontent à l'origine de notre satellite, mais qui auraient pu être encore actives il y a «à peine» 3 milliards d'années.