Pour le plus grand bonheur des ornithologues amateurs, il est maintenant possible d’observer le cardinal rouge –et son beau plumage écarlate— au nord de Montréal, comme le confirment les relevés ornithologiques des dernières décennies.

Cet important changement de répartition illustre bien l’influence des changements climatiques sur la migration des animaux. «C’est un paradoxe! L’avenir apportera plus de diversité écologique au Québec, tandis qu’à l’échelle planétaire, il s’agit d’une catastrophe», s’alarme toutefois le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, Dominique Berteaux.

Ce chercheur de l’Université du Québec à Rimouski dirige depuis 2007 le projet CC-Bio, une étude sur les effets des changements climatiques sur la biodiversité du Québec. Il vient aussi de publier un ouvrage sur le sujet, Changements climatiques et biodiversité du Québec: vers un nouveau patrimoine naturel, en collaboration avec ses collègues, Sylvie De Blois et Nicolas Casajus.

Ainsi, le Québec pourrait gagner de nombreuses espèces – et les chasseurs se réjouissent déjà de l’augmentation de dindons sauvages —qui migreront du sud vers le nord. L’enrichissement de la biodiversité du Québec, plus pauvre que les zones tempérées du sud, ne se fera cependant pas sans heurts puisque ce phénomène augmentera la pression sur les espèces déjà présentes. Le renard arctique doit déjà supporter la compétition avec un nouveau venu, le renard roux.

Qu’adviendra-t-il des espèces indigènes, moins nombreuses que celles du sud, plus spécialisées et adaptées au climat froid? «Elles disparaîtront, car il y a une limite à se déplacer vers le nord», mentionne-t-il. Le plectrophane des neiges (bruant des neiges) de l’extrême nord du Canada risque donc d’y laisser quelques plumes.

La fin du temps des sucres?

Mars 2080, le temps des sucres arrive. Le climat de Montréal se vit davantage à Roberval, sur les pourtours du lac Saint-Jean ou même à Baie-Comeau. Pour se sucrer le bec, il a fallu déplacer les cabanes à sucre plus au nord. Déjà, entre 2012 et 2011, la production a déjà diminué de 32% au Vermont.

Les arbres risquent d’âtre les grands perdants des changements climatiques. «Les arbres migrent plus difficilement que les insectes. La niche écologique de certaines espèces risque de se déplacer de près de 500km en un peu plus d’un siècle et peu d’espèces peuvent s’adapter aussi rapidement», appréhende déjà le chercheur.

Les enjeux de ces bouleversements ne sont pas que scientifiques, comme nous le rappelle si judicieusement le chapitre d’introduction de son ouvrage. Ils sont aussi économiques, politiques et moraux: «le changement rapide du climat risque d’avoir un effet destructeur sur des milliers d’espèces—ce qui pose la question de notre responsabilité vis-à-vis des espèces créées par des centaines de milliers d’années d’évolution biologique— et nous force à nous poser la question: est-il moral de diminuer le patrimoine naturel dont hériteront les générations futures?» Le lecteur y répondra de lui-même…