Si vous êtes chercheur, et qu’une revue veut retirer de ses archives une recherche que vous y avez publiée il y a des années, un juge peut-il l’en empêcher? Pour cette fois, non.

 

Personne ne semble se souvenir qu’avant cet été, un tel cas se soit déjà rendu en Cour, mais en juillet, un juge a bel et bien tranché: une nutritionniste s’est fait refuser le droit d’empêcher l’American Journal of Clinical Nutrition de retirer son étude de 2012 sur du riz génétiquement modifié —le fameux riz doré. Selon Nature, qui vient de découvrir l’affaire, l’avocat qui défendait cette nutritionniste était le même qui, cinq mois plus tôt —au nom d’un autre chercheur, en médecine celui-là— avait demandé à un tribunal une injonction pour empêcher la publication d’un «avis» exprimant des «doutes» quant à quatre articles parus dans la revue Diabetes entre 2007 et 2011.

On parle ici de rétractation d’articles, c’est-à-dire cette pratique par laquelle une revue scientifique retire de ses archives un article lorsqu’une enquête révèle qu’il contient des erreurs ou des failles méthodologiques. C’est dans cette dernière catégorie que tombe l’article retiré le 29 juillet : l’auteure principale, la nutritionniste Guangwen Tang, de l’Université Tufts de Boston, et ses collègues, avaient étudié l’efficacité du riz doré sur 68 enfants chinois —il est censé compenser les carences en vitamine A— sans en avoir informé leurs parents. «Les auteurs ont été incapables de produire une preuve suffisante que l’étude ait été révisée et approuvée par un comité d’éthique local en Chine», écrit la revue dans son avis de rétractation.

La controverse était connue depuis quelques années (Greenpeace avait initialement déposé une plainte, dans le cadre de sa campagne d’opposition aux OGM) et en 2012, l’Université Tufts avait suspendu pour deux ans Guangwen Tang, pour cet accroc à l’éthique universitaire. En 2014, la chercheure avait demandé une injonction pour empêcher la rétractation de l’article, ce qui lui a été refusé le 17 juillet par un juge de la région de Boston.

Internet aidant, le phénomène de la rétractation d’articles a pris une ampleur inquiétante dans certains milieux ces dernières années, en raison du nombre élevé de ces erreurs qui s’avèrent être des cas de fraude ou de malhonnêteté (voir encadré).

Que certains de ces chercheurs tentent de convaincre une revue de ne pas retirer l’article n’étonne pas. Qu’ils s’adressent aux tribunaux est toutefois anormal, au point où aucune des personnes interviewées par Nature ne se rappelle avoir entendu parler d’un autre cas du genre. Des éditeurs ont tout au plus eu affaire à des menaces de poursuites, qui ne se sont jamais matérialisées.

Dans les deux histoires, les juges ont décidé que la liberté de parole des publications l’emportait sur la requête des chercheurs de protéger leur réputation. Rien n’empêche toutefois ces chercheurs de poursuivre ces revues pour diffamation.

Ivan Oransky, l’éditeur du blogue Retraction Watch, croit qu’il y a matière à se poser des questions si les avocats commencent à s’en mêler.

 

Je suis inquiet que la présence des avocats dans les décisions de publier signifie que les revues auront peur de prendre la bonne décision, ou ce qu’elles croient être juste.