Des restes d’animaux à un kilomètre sous la glace de l’Antarctique, dans un lac qui était coupé du reste du monde depuis plusieurs milliers d’années ? C’est une des surprises qui attendait ceux qui sont devenus, pendant le temps des Fêtes, les premiers à forer jusqu’à ce lac.

Il s’agit du lac Mercer, qui n’était jusque-là visible qu’à travers des radars. Le 26 décembre, une équipe américaine l’a « touché » pour la première fois, après un forage d’un kilomètre à travers des couches de glaces accumulées au fil des millénaires.

En remontant à la surface leur instrument de mesure de la température, les scientifiques de la mission SALSA (Subglacial Antarctic Lakes Scientific Access) ont ramené aussi un peu de vase contenant des fragments qui, au bout d’une semaine, ont été identifiés comme étant les restes de minuscules êtres vivants — mais qui plus est, des êtres vivants terrestres, et non marins : des plantes peut-être apparentées à un champignon et des tardigrades — des créatures d’un millimètre de long connues pour leur résistance aux environnements les plus extrêmes. Ce qui suggère que le lac Mercer faisait à un moment donné partie d’un réseau de marécages et de cours d’eau descendant de la chaîne de montagnes Transantarctique, à 50 km de là. Pendant une des brèves périodes au cours desquelles les glaciers ont reculé : ce qui, selon un reportage de la revue Nature — qui a eu la primeur de cette nouvelle — donnerait à ces tardigrades un âge soit de 10 000 ans, soit de plus de 120 000 ans.

C’est la troisième fois que des chercheurs atteignent un lac enfoui sous les glaces de l’Antarctique. Mais les deux précédents, Vostok puis Whillans, n’avaient pas permis d’aller plus loin qu’une vie microbienne.