Acheter le Groenland et lancer des bombes nucléaires pour stopper les ouragans. Qu’ont en commun ces deux déclarations controversées de Trump ? Un état des connaissances ancré dans le passé. Il fut un temps, il y a 50 à 100 ans, où ces idées auraient peut-être été prises en considération.

Acheter des territoires en faisant peu de cas des gens qui y vivent est en effet une chose qu’ont pratiquée toutes les grandes puissances européennes, d’abord en Amérique puis, jusqu’au début du 20e siècle, en Afrique et en Asie. La fin de la Première Guerre mondiale a donné lieu à la cession, par l’Allemagne défaite, de ses territoires africains à la France, à la Grande-Bretagne et à la Belgique, sans que les habitants n’aient leur mot à dire. Or, depuis, la plupart de ces « colonies », à travers le monde, sont devenues des pays indépendants; et celles qui sont encore associées à un autre pays, comme le Groenland l’est au Danemark, risquent, avant de se vendre aux enchères, de réclamer elles-mêmes leur indépendance. Les prochains territoires « à vendre » ont plus de chances d’être sur la Lune ou sur Mars.

Quant à l’idée de Trump d’envoyer une bombe nucléaire dans l’oeil d’un ouragan — révélée dimanche par le magazine en ligne Axios — elle a été formulée pour la première fois dans les années 1950 : il n’était en effet pas illogique de penser que le souffle d’une explosion pourrait « disloquer » un ouragan avant qu’il n’atteigne la côte. Encore que les calculs sur l’énergie dépensée par un ouragan ont rapidement révélé qu’il faudrait plusieurs bombes pour en venir à bout. Et même si ça marchait, il y aurait un léger problème : les radiations seraient dispersées dans toutes les directions avec toute la force dont disposent les vents d’un ouragan. La « suggestion » a donc été rejetée par les experts, ce qui ne l’empêche pas d’être régulièrement réanimée par des citoyens inquiets, au point où l’Agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA) a publié une page de vérification des faits à ce sujet.

On ignore si c’est de là qu’est venue « l’inspiration » de Trump sur les ouragans : au contraire de son « offre d’achat » du Groenland, dont il a semblé s’étonner qu’elle soit rejetée aussi cavalièrement, il a twitté lundi que l’idée d’une bombe nucléaire était une fausse nouvelle.