En décembre 2015, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, annonçait du haut de son podium le premier traité global d’action contre les changements climatiques, et prononçait les mots « l’Accord de Paris reflète à présent l’ambition de toute la planète ». Bien que les dirigeants de l’Union européenne (UE) partagent toujours ce sentiment, beaucoup de choses ont changé depuis.


Ce reportage est paru d'abord dans le magazine en ligne DeSmog.
Il est republié ici dans le cadre du partenariat entre l'Agence Science-Presse et Covering Climate Now,
une collaboration internationale de quelque 300 médias visant à renforcer la couverture journalistique du climat.


Par Mat Hope • DeSmog

 

L’UE fait face à une crise de crédibilité, menacée par le Brexit et par la montée du populisme à travers le continent. Son leadership est ébranlé par, d’un côté, des appels à rehausser ses cibles de lutte pour le climat, et de l’autre côté, des appels à couper les règlementations anti-pollution.

Les politiques climatiques — un sujet qui avait peu de chances d’être controversé en 2015 — sont soudainement au cœur d’une lutte de pouvoir.

Le cabinet climatosceptique de Boris Johnson

Bien que Boris Johnson ait utilisé son premier discours comme nouveau premier ministre pour dire au parlement que son gouvernement allait « placer l’ordre du jour des changements climatiques au cœur de ce que nous faisons », plusieurs de ses déclarations passées vont dans le sens contraire.

En décembre 2015, après la signature de l’Accord de Paris, Johnson avait publié un texte d’opinion dans un des principaux quotidiens britanniques, le Daily Telegraph, où il écrivait que la science du climat était « sans fondements ». Dans le même texte, il vantait le travail d’un célèbre climatosceptique, Piers Corbyn.

Depuis son intronisation comme Premier ministre, il s’est rapidement entouré d’alliés de sa campagne pro-Brexit, parmi ses ministres et son équipe rapprochée. Plusieurs font partie d’un réseau de groupes de pression de droite présents des deux côtés de l’Atlantique, notamment opposés aux règlementations environnementales.

Sa campagne pour le poste de Premier ministre a également été financée par deux donateurs étroitement liés à la Global Warming Policy Foundation — le plus important groupe de pression climatosceptique au pays, logé à la même adresse du 55 Tufton Street que d’autres groupes de pression conservateurs. Tous ont appuyé la campagne pour une sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe.

L’extrême-droite en Espagne

Le parti espagnol d’extrême-droite, VOX, qui a fait élire trois députés au parlement européen, pourrait joindre ses forces aux huit élus du parti du Brexit pour former un bloc d’action anti-climat.

« Je ne connais pas les enjeux scientifiques et je dois admettre que je ne suis pas dans ce débat », a dit cet été le fondateur et chef du VOX, Santiago Abascal, en réponse aux questions d’une journaliste. « Le débat sur les changements climatiques, si ce sont des changements naturels, si ce sont des changements qui obéissent à l’être humain, est quelque chose que je ne connais pas. »

Le rejet du problème était également apparent dans le programme électoral de son parti, en avril dernier. Le document ne faisait aucune mention des effets ou des causes des changements climatiques, encore moins de l’adaptation. Le parti est entré pour la première fois au parlement espagnol avec 24 élus et un peu plus de 10 % des voix.

Avant l’élection, un document interne résumant les positions du parti avait qualifié de « très arrogant » le fait de croire que « l’homme » soit responsable du problème, mais qu’il était « encore plus » arrogant de croire que cela pourrait être combattu par des lois ou des taxes. Le parti, stipulait le document, n’entend pas « gaspiller plus d’argent sur cette arnaque » (scam).

VOX s’appuie à l’occasion sur « le scientifique » Patrick Moore, un ancien de Greenpeace devenu depuis 30 ans lobbyiste pour l’industrie nucléaire, minière et forestière et qui utilise souvent son statut « d’ancien de Greenpeace » pour donner du poids à ses propos climatosceptiques.

L’extrême-droite en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas

Depuis son entrée au parlement allemand il y a deux ans, avec un manifeste anti-musulmans et anti-immigration, le parti d’extrême droite AfD (Alternative for Germany) a adopté le déni de la science du climat comme stratégie de campagne. Sa plateforme électorale nie l’influence humaine sur le climat et affirme erronément que la hausse des niveaux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a entraîné dans les champs « une croissance significative des récoltes ».

De la même façon, le Parti populaire en Belgique (extrême-droite) décrit l’action climatique comme une « hystérie collective ». Son équivalent aux Pays-Bas nie l’existence de preuves associant l’activité humaine aux changements climatiques. Et le parti autrichien d’extrême-droite voit les changements climatiques comme une « menace mondialiste ».

Luttes de pouvoir

S’ils ont un impact sur les débats publics dans leurs pays respectifs, ces partis populistes risquent toutefois d’avoir un impact limité sur les politiques environnementales européennes, en raison d’une forte poussée des Verts aux élections de mai dernier.

Dans l’ensemble, l’Alliance européenne des Verts a remporté 69 sièges, 19 de plus qu’en 2014, représentant près de 10 % du parlement européen. L’Allemagne a 22 de ces députés verts à elle seule, suivie des Britanniques avec 9.

L’influence de ce « bloc » se fait déjà sentir. En juillet dernier, la future présidente de la Commission européenne, Ursula Von Leyden, a dû s’engager à rehausser les ambitions climatiques de l’Union européenne : elle avait besoin du soutien des Verts pour être élue.

Cette croissance des Verts a fait contrepoids à la croissance des partis d’extrême-droite, qui espéraient, avant cette élection, devenir le deuxième plus puissant bloc du parlement européen. Cette croissance des Verts pourrait également expliquer la stratégie médiatique anticipée pour septembre par une coalition de groupes européens anti-climat, selon des documents obtenus au début du mois par DeSmog : conférences de presse simultanées dans plusieurs capitales et une lettre soi-disant signée par « 400 scientifiques indépendants » destinée aux dirigeants de l’UE et au secrétaire général des Nations Unies, dans le contexte du Sommet des Nations Unies sur le climat qui se tient à New York le 23 septembre.