On est de plus en plus loin de l’image des minuscules ancêtres des mammifères qui se cachaient dans des trous pour échapper aux dinosaures: plus d’un millier de fossiles trouvés au Colorado confirment que nos ancêtres directs étaient déjà plus gros et plus diversifiés, lorsque la collision cosmique s’est produite.

Ces fragments représentent à eux seuls 16 espèces différentes de mammifères —ainsi que quelques reptiles— écrivent le paléontologue Stephen Chester et ses collègues dans la revue Science. « Avec cette découverte, explique-t-il au New York Times, nous commençons à voir le crâne entier de plusieurs de ces mammifères dont nous ne connaissions jusqu’ici que les dents. »

Avec cette découverte et d’autres faites notamment en Chine ces 10 dernières années, commence également à se dessiner un portrait d’avant l’extinction, mais surtout, dans le cas du Colorado, du premier million d’années qui suit immédiatement la catastrophe: les plus petits mammifères, de la taille des rongeurs, semblent avoir été plus nombreux à survivre, les plus gros, de la taille d’un raton-laveur, semblent avoir été plus nombreux à périr. Mais 100 000 ans plus tard, ces derniers reprennent leur place et d’autres nouveaux venus —Loxolophus,  Carsioptychus— apparaissent.

Le site de Corral Bluffs, au Colorado, ne contient pas que ces os: il a révélé jusqu’ici 6000 fossiles de feuilles et 37 000 grains de pollen, de quoi se faire une meilleure idée de l’écosystème où évoluaient ces animaux. Des fragments du passé qui, de plus, nous en apprennent aussi sur la réémergence de la végétation après la catastrophe —un élément qui fut déterminant pour la survie de nos ancêtres.