Ce n’est pas une surprise que d’apprendre que les changements climatiques vont altérer les conditions de production de notre alimentation. Et ce n’est pas une surprise non plus que d’apprendre que les pays en voie de développement seront les plus durement touchés. Mais à quel point ? 

Dans l’édition du 27 novembre de la revue Science Advances, une équipe de chercheurs de cinq pays, dont la France, le Canada et l’Australie, avance deux chiffres inquiétants. D’ici 2100, si la tendance des émissions de gaz à effet de serre (GES) se maintient trop longtemps:

  • 90% de la population mondiale —dont la majorité vit dans les pays « les plus sensibles et les moins développés »— sera exposée à une diminution à la fois de la production alimentaire et de l’accessibilité à la nourriture; 
  • et moins de 3% vit dans des régions  qui connaîtront des « gains de productivité ». 

Dans leurs calculs, la « production alimentaire » inclut à la fois le secteur agricole et celui des pêches. Et ils ont imaginé deux scénarios très contrastés, celui où la tendance se maintient, et un autre, optimiste, où les politiques « d’atténuation » (en anglais, mitigation) ont l'impact qu'on attend d'elles —c’est-à-dire si toutes les promesses de réduction des GES inscrites dans l’Accord de Paris se réalisent.

Le fait de prendre en compte séparément l’agriculture et les pêcheries, et de tenter de distinguer ce qu’ils appellent les « multiples dimensions de la vulnérabilité » (niveau d’exposition de chaque pays aux événements météorologiques extrêmes, sensibilité à ces changements et capacité d’adaptation), permet à leur étude, disent-ils, de voir se dégager davantage de spécificités régionales. Ainsi, que ce soit dans le scénario optimiste ou pessimiste, certaines régions du monde pourraient voir, d’ici l’an 2100, des pertes du côté de l’agriculture mais des gains du côté des pêcheries, ou vice-versa; au moins quatre seraient perdantes dans les deux secteurs, soit la portion tropicale de l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est, de même que le centre et le sud de l’Afrique. Il faut ajouter qu’en plus d’être dépendantes de leur production alimentaire locale, les pêches et l’agriculture représentent également un grand nombre d’emplois dans ces pays. À l’inverse, notent les auteurs, l’Europe et l’Amérique du Nord sont moins dépendantes d’une production locale, ce qui signifie que des pertes d’emplois dans ces secteurs affecteront moins le reste de l’économie. 

Même dans le scénario optimiste, les pays perdants sur les deux tableaux, en 2100, continueraient de représenter environ 60% de la population mondiale (plutôt que 90%), tandis que les pays gagnants sur les deux tableaux en représenteraient 5% (plutôt que moins de 3%). 

Pour les pays les plus vulnérables, la logique dicte qu’une diversification de leur production atténuerait les problèmes à venir, mais le fait qu’ils soient vulnérables constitue justement un immense obstacle à une stratégie de ce genre.