Après les graffitis sur les murs, voilà que surgissent sur les trottoirs et les chaussées d’éphémères inscriptions… botaniques : armoise, digitaire pourpre, laitue sauvage, marguerite, lilas. Des botanistes écrivent à la craie les noms des plantes et arbres urbains, dans le but de rapprocher les citadins de la flore de leurs villes.

Cette initiative qui a germé en France a eu des ramifications dans de nombreux pays européens, comme au Royaume-Uni, où il est pourtant interdit de dessiner sur la voie publique, raconte le journal The Guardian. En temps de distanciation sociale —et de rayons printaniers— cela pourrait inspirer de nombreux botanistes amateurs et autres amoureux de loisirs scientifiques.

La contagion française part du projet Belles de bitume de la poétesse nantaise Frédérique Soulard et s’est propagée dans diverses villes, jusqu’à Toulouse où le botaniste Boris Presseq, du Musée d’histoire naturelle de la citée rose, accompagné d’un ami naturaliste, Pierre-Olivier Cochard, identifie les herbes qui poussent entre les craques du trottoir et du bitume.

Nombreux sont les botanistes amateurs et professionnels à vouloir sensibiliser leurs concitoyens à l’importance de connaître et de respecter la nature sauvage qui les entoure. Il faut aussi rappeler que la France a banni l’usage des pesticides dans les parcs, les rues et les espaces publics en 2017 et dans les jardins en 2019: cela aurait entraîné une résurgence de plantes indigènes et sauvages, souvent considérées, à tort, comme des « mauvaises herbes » par les néophytes.

La botaniste française Sophie Leguil, Londonienne d’adoption, a lancé récemment une opération de sensibilisation destinée elle aussi à changer la perception des plantes urbaines, More Than Weeds. Sophie Leguil avait précédemment contribué à cet engouement botanique à la craie avec la campagne Sauvages de ma rue, lancée par le réseau francophone Tela Botanica.

Il y aurait près de 400 espèces différentes à découvrir en marchant dans les rues des villes anglaises. Cette flore indigène pourrait représenter jusqu’à 10% de la diversité du patrimoine botanique des plantes sauvages.

Bien que moins visibles et moins appréciées, ces plantes s’avèrent utiles aux pollinisateurs. Une étude parue en 2016 avait évalué la quantité de nectar et de pollen rendus disponibles par les plantes urbaines de quatre villes du Royaume-Uni. Résultat : elles se classent en haut de la liste pour la quantité fournie par chaque fleur, soit davantage que le nectar ou le pollen offert par une variété de plantes de jardin.

Cosmos, calendulas, pissenlits et autres fleurs de la famille des Astéracées, constituent une ressource indispensable aux insectes des villes. Les plus abondantes sont les fleurs de pissenlits et leurs cousines (comme les chardons), les mauves, l’éphémère sans odeur, et bien d’autres dont les noms et l’aspect méconnus font souvent d’elles les invisibles de notre espace urbain.