Si la COVID risque encore, pendant les prochains mois, de monopoliser une partie de l’actualité scientifique, en revanche, l’attention va à présent se concentrer sur trois choses, peut-être quatre.

1) L’efficacité des deux premiers vaccins, et des prochains

Les données préliminaires sur l’efficacité à court terme des vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna sont bonnes. Mais c’est le long terme qui préoccupe la planète entière: d’une part, combien de temps l’immunité durera-t-elle? Et d’autre part, le vaccin bloquera-t-il la chaîne de contagion, ou ne fera-t-il qu’empêcher les cas les plus graves de la maladie ? Pour l’instant, on n’en est pas sûr, mais avec chaque semaine qui passe, les données scientifiques s’accumulent et, avec elles, les chances que des réponses plus précises se dessinent.

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Vaccin contre la COVID: 8 questions non résolues

Mais il n’y a pas que ces deux vaccins. Celui d’AstraZeneca/Oxford a été approuvé en Grande-Bretagne et en Inde et devrait l’être sous peu ailleurs. Ceux de Johnson&Johnson et de Novanax sont en phase 3, la dernière étape des essais cliniques avant une éventuelle homologation par les autorités. Le vaccin chinois, CoronaVac, est approuvé en Chine, bien que les résultats de la phase 3 n’aient pas encore été publiés. Il n’est pas impossible que ce soit l’un de ces vaccins qui règle les deux grandes questions non résolues —ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que le premier vaccin à atteindre la ligne d’arrivée ne soit pas le plus efficace.

2) Un ou des variants? Dangereux ou pas?

La découverte qu’une version « mutante » du virus se transmet plus vite en Grande-Bretagne n’est pas une surprise: un virus, comme tout être vivant, subit des mutations. Reste que la chose inquiéterait moins si elle ne survenait pas en plein hiver —alors que les risques de transmission sont déjà plus élevés— et au moment où les hôpitaux de quelques pays approchent du point où ils devront refuser des patients. À l’ordre du jour de plusieurs laboratoires à travers le monde pour les semaines à venir:

  • Cette mutation pourrait-elle diminuer l’efficacité du vaccin? Pour l’instant, il semble que non.
  • Cette mutation entraîne-t-elle un taux de mortalité plus élevé? Pour l’instant, là non plus, ça ne semble pas être le cas.
  • Les variants dits « britannique » et « sud-africain » n’en sont-ils qu’un seul ou s’il y  en a plus d’un ? Même s’il s’avérait qu’ils sont un seul et même variant, le simple fait qu’on pose la question constitue un signal d’alarme: plus il y a de mutations en circulation, et plus le risque que l’une d’elles réserve une mauvaise surprise est élevé.

3) La rapidité à vacciner et le reste de la planète

Pour limiter ces surprises, il faut limiter les chances de ce virus de se reproduire, et c’est là qu’intervient la vitesse à laquelle la planète sera vaccinée. On a fait grand cas pendant le temps des Fêtes de premiers retards, et ce n’est qu’un avant-goût: d’une part, ce n’est pas tout d’avoir des doses, encore faut-il avoir des gens pour les administrer et des réseaux de distribution efficaces. Si ça semble déjà difficile en Europe ou en Amérique du Nord, ce n’est rien à côté des difficultés qui se présenteront dans les pays plus pauvres.

Et quand donc le tour de ceux-ci viendra-t-il ? Les plus pessimistes ont évoqué que la campagne de vaccination pourrait s’étirer jusqu’en 2024. Ce qui donnerait quantité d’opportunités au virus pour développer de nouveaux variants. Il est possible:

Mais pour qu’un de ces scénarios se réalise, il faudra des sous —un aspect plus politique que scientifique, qu’il faudra également suivre en 2021.

4) Les origines de la pandémie… et des prochaines

On n’est toujours pas sûr de l’origine animale du virus. On n’a pas appris grand-chose non plus sur le mécanisme de transmission aux premiers humains —les « patients zéro ». C’est un rôle qui revient à ceux qu’on appelle les « détectives de la COVID », un type d’enquête qui entremêle génétique et écologie. Pour avancer, il faut aller sur les lieux —pas seulement à Wuhan, mais là où vivent les chauves-souris, principales suspectes. Or, organiser une telle enquête, même sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, s’avère difficile. D’une part, les autorités chinoises ont manqué de transparence. D’autre part, la décision des États-Unis de couper l’un des rares ponts avec les experts n’a pas aidé.

Le but n’est pas juste de résoudre une énigme génétique. Ces informations pourraient servir à prévenir de futures épidémies: par exemple, les experts en question, à qui Washington a coupé le financement le printemps dernier, récoltaient depuis plus d’une décennie des échantillons de crottes et de sang de chauves-souris, à la recherche de coronavirus encore inconnus (on en avait identifié 400 en quelques années). Cela, parce que le coronavirus de 2002, qui avait donné naissance à l’épidémie de SRAS, provenait de chauves-souris.

Personne ne peut dire ce qu’on apprendra en 2021, ni même si on apprendra quelque chose. Mais comme il y aura tôt ou tard une autre épidémie, toute information susceptible de la voir venir serait la bienvenue, après l’année 2020 que vient de vivre la planète.