Depuis un an, Camille Noûs est cosignataire de près de 200 articles scientifiques. Mais cette personne n’existe pas.

Elle est la voix d’une protestation, celle d’un collectif de chercheurs qui veut revendiquer la « nature collégiale » des travaux, par opposition à  « l’individualisme ». Camille est « née » le 20 mars 2020 d’un groupe français, RogueESR, qui veut voir la recherche « redevenir un espace au seul service du bien commun ». Sa première occurrence a été dans une lettre ouverte d’opposition à une réforme d’une politique française de la recherche.

Les cosignataires sont censés savoir que Camille Noûs s’ajoute à leur liste en haut de leur article mais, note la revue américaine Science, tous les éditeurs de revues ne savent pas qu’il/elle n’existe pas (le prénom a volontairement été choisi parce que non-genré).

La logique derrière une signature fictive est que, si le mouvement prend suffisamment d’ampleur, ce nom pourrait devenir en peu de temps l’un des auteurs les plus prolifiques de la planète. Or, une partie de l’évaluation des chercheurs universitaires repose sur le nombre d’articles qu’ils produisent.

Bien qu’un seul faux nom ne pourrait pas perturber à lui seul les statistiques, les promoteurs de Camille Noûs espèrent que leur geste montrera « l’absurdité » de « l’évaluation quantitative ». À l’inverse, l’article de Science voit poindre d’autres problèmes potentiels: « alors que Noûs grandit, RogueESR pourrait perdre le contrôle de sa marque »; passé un certain point, qui serait responsable du retrait de la signature lorsqu’un problème surgit avec un article?