On est encore très loin des utérus artificiels de la science-fiction. Mais dans une étude parue le 17 mars, des scientifiques décrivent des embryons de souris, retirés d’un utérus après cinq jours de gestation et qui ont pourtant continué de croître pendant six jours dans un environnement artificiel.

La recherche avait pour but d’étudier la croissance embryonnaire et l’influence des différentes mutations sur cette croissance. Mais elle a fait davantage parler d’elle pour les questions éthiques qu’elle va inévitablement poser: jusqu’à quel stade de leur développement serait-il éthique de faire ce genre d’expérience sur des embryons d’animaux… ou d’humains.

À ce 11e jour de leur développement, les embryons auraient été à mi-chemin d’une gestation normale —soit environ 20 jours pour des souris. Les chercheurs de l’Institut Weizmann, en Israël, écrivent dans la revue Nature avoir fait croître un millier d’embryons de souris de cette façon.

Toutefois, aucun de ces embryons n’aurait pu croître davantage. Bien que, à ce 11e jour, les embryons « de laboratoire » semblaient identiques aux autres, ils étaient devenus trop gros pour survivre sans une alimentation sanguine continue. La solution nutritive qui leur était fournie ne suffisait plus. Il s’agirait là du prochain obstacle à franchir.

Mais cela pose aussi la question des limites. Jusqu’à maintenant, les tentatives de faire croître un embryon dans un environnement artificiel avaient été marquées par une longue série d’échecs. Tout au plus était-on capable de faire croître des « assemblages de cellules souches » pendant l’équivalent des premiers jours d’un embryon —mais aucune de ces expériences n’avait pu approcher la limite symbolique —ou, dans certains pays, légale— des 14 jours. Et il s’agissait de toute façon de cellules souches, non d’un véritable embryon fécondé puis « cultivé » en laboratoire. Alors que la recherche du 17 mars porte sur de véritables embryons de souris, qui pourraient en théorie —et il y a loin de la théorie à la pratique— être amenés plus loin.

Dans les entrevues accordées aux médias depuis la semaine dernière, un argument fréquemment employé par le biologiste Jacob Hanna, auteur principal de la recherche, est la possibilité de faire croître des embryons humains qui étaient destinés à l’avortement, jusqu’à la cinquième semaine de leur développement, stade qui en ferait des « substituts de recherches aux tissus prélevés sur des embryons avortés ». Se présente aussi la possibilité de pouvoir investiguer plus en profondeur les causes des nombreuses fausses couches au premier trimestre, encore très mal connues.

Crédits image: A. Aguilera-Castrejon et al., Nature.