Peut-on mesurer l’impact qu’ont sur le public les textes de vérification de fausses nouvelles ? Une nouvelle étude conclut qu’ils peuvent effectivement réduire les croyances en de la désinformation, avec des effets « toujours apparents plus de deux semaines plus tard ».

La particularité de cette étude, parue le 14 septembre, est d’avoir été menée simultanément dans quatre pays —Argentine, Nigéria, Afrique du Sud et Royaume-Uni— dans le but d’atténuer d’éventuels biais qui pourraient être propres à un seul pays. Qui plus est, beaucoup des recherches des dernières années ont porté sur le public américain, et sur les fausses nouvelles politiques, alors que le contexte là-bas —seulement deux partis politiques, et un niveau de polarisation très élevé— ne permet pas toujours de savoir si les conclusions sont applicables ailleurs.

Le principal intérêt de leur recherche, notent Ethan Porter et Thomas J. Wood, est que le succès rencontré par les textes de vérification semble transcender les frontières. Vingt-huit « expériences » ont été menées, évaluant 22 textes de vérification (fact-checks) différents. Pour chacun de ces textes, un groupe de participants recevait la fausse information, un autre groupe la fausse info suivie d’un texte de vérification, et le troisième était le groupe contrôle —c’est-à-dire qu’on lui posait les mêmes questions quant à ses croyances sur les différents sujets, mais sans lui soumettre l'un de ces textes. Les participants étaient revus deux semaines plus tard, afin de voir si leurs attitudes avaient changé. Ces quatre pays ont été choisis parce qu’ils abritent un ou des médias de vérification des faits « accrédités » par l’International Fact-Checking Network. Certains des sujets controversés ont été « testés » chez tous les participants, d’autres étaient propres à un pays.

En gros, les participants du deuxième groupe —ceux qui ont eu accès au texte de vérification— ont vu leurs résultats s’améliorer de façon significative dans les quatre pays: leur « note » finale a progressé en moyenne de 0,6 point, sur une échelle de 5, et l’effet était encore présent deux semaines plus tard. Il y a eu un impact « à la baisse », quoique beaucoup moins prononcé, chez ceux qui n’ont eu accès qu’à la fausse information.

Les expériences ont été menées en septembre et octobre 2020, soit en pleine pandémie, et bien que la majorité des textes ne portaient pas sur des fausses informations liées à la pandémie, les deux auteurs notent que l’impact des textes de désinformation semble avoir été plus fort lorsqu’il était question de la pandémie, et ce « dans trois pays sur quatre » (le Royaume-Uni étant l’exception). À ce sujet, un panel réunissant des journalistes « fact-checkers » de trois pays africains avait justement lieu à la mi-septembre, témoignant de « l’épidémie parallèle » de désinformation qui a frappé l’Afrique depuis un an et demi.

Une des difficultés avec ce genre d’études, notent également les auteurs, est qu’il faudrait idéalement introduire plus de variables, mais que plus on en introduit, plus il devient difficile de comparer d’un pays à l’autre. Par exemple, le format d’une fausse nouvelle (texte, image, mème, vidéo) peut faire une grande différence. Ou l’appartenance politique d’une personne. Et le sujet, sachant que de lire une fausse nouvelle sur la Covid, la politique ou la criminalité, peut provoquer des réactions émotives différentes chez le lecteur…