Une autre étude sur l’efficacité des masques contre le coronavirus, mais celle-ci dépasse les précédentes par plusieurs longueurs: 340 000 personnes, et de surcroît une étude randomisée, c’est-à-dire dans laquelle les participants sont assignés au hasard à un des groupes.

« Ça pourrait vraiment être la fin du débat», affirme en entrevue à la revue Nature l’infectiologue américaine Ashley Styczyski, co-auteure de la recherche prépubliée (donc, qui n’a pas encore été révisée par les pairs) au début de septembre. La conclusion des auteurs est que les masques, spécialement les masques chirurgicaux, réduisent « significativement » le risque.

Pour comprendre pourquoi certains y voient encore un débat, il faut revenir au début de la pandémie. Au printemps 2020, on pouvait alléguer une incertitude: les études sur l’efficacité des masques lors d’autres épidémies portaient surtout sur l’influenza et les rhinovirus, des particules virales plus petites que le virus de la Covid, et plus susceptibles d’emprunter d’autres voies de contagion, comme les yeux. Par la suite, les premières études sur les masques dans le contexte de cette pandémie ont conclu à une efficacité pour réduire le nombre de cas, mais il était difficile, dans les premiers mois, de distinguer la part attribuable au masque et la part attribuable aux efforts des gens pour garder leurs distances. Enfin, la lenteur de certains gouvernements à recommander le masque a accentué l’impression d’incohérence, et donné du carburant aux opposants.

Mais même les opposants avaient beau jeu d’affirmer que les études « randomisées », c’est-à-dire dans lesquelles les porteurs de masques étaient choisis au hasard, portaient sur des groupes limités ou biaisés: la raison étant qu’en général, il irait à l’encontre de l’éthique de refuser un masque médical à un travailleur à haut risque d’être contaminé, sous le prétexte que le hasard ne l’a pas choisi. La première particularité de la recherche dont il est question ici est donc d’avoir pu avoir accès à un grand nombre de gens, dans des régions rurales du Bangladesh où les travailleurs à risque sont peu nombreux, mais où l’accès aux masques était par ailleurs limité. Les auteurs ont pu suivre qui, parmi les porteurs de masques médicaux, de masques en tissus, ou parmi ceux qui n’en portaient aucun, allait être contaminé. La seconde particularité de leur travail a été de commencer par une campagne de promotion du port du masque dans 300 villages, qui y a fait passer l’usage du masque de 13% à 42% —comparativement à 300 autres villages où aucun effort n’a été fait, afin d’avoir un groupe de comparaison.

Selon leur estimation, le masque chirurgical serait associé à une diminution de 11% du risque d’attraper le virus, contre une diminution de 5% avec le masque en tissus. Les gens de plus de 50 ans en ont bénéficié le plus, ce qui pourrait fausser les données, ces personnes étant elles-mêmes plus à risque. Les villages servant de « groupe contrôle », qui n’ont pas reçu de masque, ont eu 9% plus de cas que les autres, peu importe le type de masque. Enfin, contrairement à ce qui avait été craint au début de la pandémie, les gens qui portaient le masque n’ont pas abandonné leurs habitudes de distanciation sociale.

L’étude a été faite pendant une période, de novembre 2020 à avril 2021, où le taux de Covid était relativement bas, et avant la propagation du variant Delta: les auteurs spéculent donc sur la possibilité que leurs résultats puissent sous-estimer la situation aujourd’hui. Par ailleurs, le fait que 42% des villageois aient porté le masque constitue une statistique importante —comparativement aux 13% d’avant l’étude— mais ça reste relativement peu, et ça ouvre là aussi la porte à des spéculations, sur l’impact dans une population où la grande majorité des gens portent le masque à l’intérieur.