Derrière la guerre aux mesures sanitaires, il y a des visages connus de la guerre… au réchauffement climatique.

Aux États-Unis, dès le 20 mars 2020 —soit une semaine après le début du grand confinement— un groupe de pression appelé Americans for Prosperity publiait un appel à mettre fin aux différentes formes de confinement, alléguant qu’on pouvait « protéger la santé publique » sans nuire à l’économie. Un mois plus tard, un autre groupe de pression, American Legislative Exchange Council, signait une lettre publique adressée au président Trump et faisant la même demande. Le point commun entre ces deux organismes: il s’agissait de deux groupes de pression financés par les frères Koch, magnats du pétrole connus depuis longtemps pour leur opposition farouche à toute législation antipollution ou visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Et derrière ces groupes, il y a des mouvements populaires qui ont organisé des marches d’opposition aux mesures sanitaires. Un reportage récent du média en ligne Daily Poster et d’un organisme appelé le Center for Media and Democracy, note que les participants à un grand nombre de ces manifestations « ont été recrutés par FreedomWorks ». Ce dernier est un groupe au financement obscur qui était déjà connu en 2009 pour organiser des rassemblements du Tea Party —l’aile radicale du parti républicain de l’époque. Plusieurs manifestations d’opposition aux mesures sanitaires de 2020 avaient été organisées par d’autres groupes associés aussi au « réseau Koch » et à un autre milliardaire proche des milieux ultraconservateurs américains.

Ce type de « réseautage » n’a rien de nouveau. C’est le même qui avait été observé dès les années 1990 autour des opposants au réchauffement climatique: les oppositions qualifiées de « citoyennes » aux mesures environnementales étaient, en réalité, souvent financées en coulisses par des intérêts du pétrole et du gaz. Une autre stratégie de cette époque a été récupérée en 2020: construire un réseau d’universitaires et d’intellectuels pour donner une apparence de crédibilité aux attaques contre la COVID. Le Washington Post avait noté ces liens dès avril 2020. Le magazine DeSmog Blog, qui se spécialise dans les stratégies de désinformation des climatosceptiques, avait aussi noté en 2020 les parallèles entre le « déni du climat » et « le déni de la COVID ».

La Déclaration de Great Barrington, en octobre 2020, en était une émanation: il s’agit du document —dont le site prétend qu’il a été signé aujourd’hui par 900 000 « citoyens »— qui en appelait à abandonner les mesures sanitaires et à plutôt viser une « immunité collective ». Or, il avait été lancé par trois universitaires américains —tous trois dans le secteur de la santé. Mais l’organisme derrière la rencontre de Great Barrington et sa promotion, l’American Institute for Economic Research, est aussi dans le réseau Koch: c’est un groupe identifié à la droite libertarienne, dont la firme de relations publiques a aussi été financée par la Fondation Charles Koch.

À l’époque, il avait été reproché aux auteurs de cette lettre d’être extrêmement vagues sur la façon dont les segments les plus vulnérables de la population pourraient être protégés, si on laissait le virus se propager librement dans les communautés. De nombreux experts avaient allégué qu’en l’absence d’une telle protection, la stratégie serait dangereuse, en plus d’être douteuse sur le plan de l’éthique. La Floride et le Texas, dont les gouverneurs républicains ont endossé très tôt l’idée de mettre fin aux mesures sanitaires, ont ensuite fait face à des hausses des hospitalisations et des décès parmi les plus élevées du pays. Ces deux États ont compté pour le tiers des décès causés par la COVID entre juin et septembre 2021. Mais rien n’indique que, jusqu’à l’arrivée d’Omicron, ils avaient atteint une forme d’immunité collective.