Qu’y a-t-il de commun entre l’embouchure d’un fleuve, là où le niveau de la mer s’élève, et des cours d’eau dans une région frappée par la sécheresse? Le sel. Qui augmente dans des quantités suffisantes pour nuire aux agriculteurs.

Si le niveau de la mer s’élève en effet, le sel s’accumule en plus grande quantité dans le delta. De même, s’il n’a pas plu depuis longtemps dans une région frappée par une canicule, l’évaporation de l’eau modifie de façon mesurable le taux de sel. Dans les deux cas, lorsqu’il s’agit de cours d’eau qui alimentent une région agricole, le sol peut tôt ou tard devenir impropre à la culture.

Des chercheurs européens et vietnamiens spécialistes des « dynamiques côtières » avaient donné en exemple, dans une recherche parue en 2021, le delta du Mékong, qui alimente l’une des régions les plus densément peuplées d’Asie du Sud-Est, et irrigue les rizières de la région. Si la tendance se maintient, les niveaux de sel pourraient carrément y devenir toxiques au milieu du siècle. Déjà, ce printemps, saison traditionnellement sèche, ce qui est désigné comme la limite —4 grammes de sel par litre— était dépassé jusqu’à 60 km à l’intérieur des terres.

Leur recherche ne portait que sur les deltas, mais le phénomène de salinisation ne se limitera pas aux deltas, prévient un des co-auteurs, le géographe néerlandais Piet Hoekstra. En plus des régions côtières en général, tout cours d’eau dans une région susceptible de vivre des canicules à répétition, est sur la sellette: une fois le sel déposé sur les rives ou dans les champs, il n’est plus possible de l’enlever. Au Bangladesh, la salinisation est déjà une cause majeure des migrations, selon une étude parue en 2018.

Un peu partout dans le monde, l’activité humaine y contribue: la construction de barrages, le pompage des nappes d’eau souterraines, les eaux de drainage des exploitations minières et les sels de déglaçage des routes. Si on y ajoute les impacts du réchauffement climatique, peu de régions du monde seront à l’abri de tout ce sel.