Le portrait de ce qu’on appelle les points de non-retour climatiques, ou points de bascule, se précise: ce sont 6 des plus connus qui seront irrémédiablement dépassés lorsque la température moyenne aura dépassé le seuil des 1,5 degré d’augmentation par rapport à il y a un siècle et demi.

On entend par point de bascule, ou « tipping points » en anglais, des seuils au-delà desquels les transformations d’un système climatique deviennent irréversibles. La fonte des glaces de l’Arctique est un exemple: une certaine augmentation des températures dépassée, la fonte se poursuivra, même si on devait soudain réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre. La hausse du niveau des mers, le recul de la forêt amazonienne ou le déclin des coraux, sont d’autres exemples. Pour chacun de ces « systèmes », même dans un monde carboneutre, le retour aux conditions d’avant pourrait prendre plusieurs siècles.

L’identification de ces seuils mobilise depuis des décennies plusieurs équipes de plusieurs disciplines, comme la glaciologie, l'océanographie, les sciences de l’atmosphère ou la paléoclimatologie (l’étude des climats du passé). Une synthèse publiée en 2008 par le climatologue britannique Timothy Lenton énumérait neuf points de bascule.

Dans une recherche publiée le 9 septembre dans la revue Science, une équipe européenne, dont fait partie Lenton, ajoute à ces 9 systèmes « mondiaux » un groupe de 7 « régionaux » (comme la fonte de la calotte glaciaire de l’Est de l’Antarctique) et réévalue, à la lumière des connaissances acquises depuis 2008, ce que sont leurs seuils critiques: ceux-ci s’avèrent être en général beaucoup plus près de notre réalité que ce qui avait été estimé en 2008. Les chercheurs ont ainsi identifié 6 de ces systèmes pour lesquels le point de bascule se produira (ou se sera produit) lorsque la Terre aura dépassé le seuil du 1,5 degré Celsius d’augmentation par rapport à l’ère pré-industrielle —ce qui doit survenir au début des années 2030. Parmi ces six: l’effondrement de la calotte glaciaire du Groenland, la mort des coraux des régions tropicales et le dégel du pergélisol dans le Grand Nord.

Quatre autres systèmes sont classés comme pouvant « possiblement » connaître eux aussi leur point de bascule. Parmi eux, le courant océanique qui, dans l’Atlantique, amène les eaux chaudes de surface vers le nord et les eaux froides plus profondes vers le sud (de son nom savant, circulation méridienne de retournement atlantique)

En fait, même le dépassement d’un seul degré —nous en sommes en ce moment à 1,1 degré— pourrait avoir d’ores et déjà fait dépasser cinq de ces six points de bascule.

Il faut aussi se rappeler que certains de ces systèmes sont interreliés. Cela signifie que le fait de dépasser un seuil critique chez l’un accélère le dépassement d’un seuil critique chez l’autre. Seul point positif de l’étude: les points de bascule les plus imminents sont ceux qui n’auront pas nécessairement d’effet d’entraînement sur les autres.