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On aurait pu sauver plus d’un million de vies à travers le monde, si les vaccins contre la COVID avaient été distribués plus vite et plus équitablement en 2021, dans les pays à faibles revenus.

C’est ce qui ressort d’un modèle mathématique: une projection faite à partir des données provenant de 152 pays. L’épidémiologiste britannique Sam Moore et ses collègues de l’Université de Warwick, en Angleterre, ont en particulier analysé les données sur la « mortalité excédentaire » —c’est-à-dire le nombre de décès qui, pendant un mois donné, dépasse la moyenne des mêmes mois des années précédentes— parallèlement avec les chiffres sur le niveau de disponibilité des vaccins dans chaque pays, et avec le taux de mortalité associé au virus, ou à son variant du moment. Les résultats de ces calculs—« nous estimons qu’un scénario de partage complet des vaccins aurait empêché 295,8 millions d’infections et 1,3 million de décès »— sont parus le 27 octobre dans Nature Medicine.

L’adéquation entre une meilleure couverture vaccinale et le fait de sauver des vies n’étonnera pas les experts en santé publique. En revanche, il s’agirait de la première fois que des chercheurs s’attellent à une estimation mathématique aussi précise. Une autre équipe avait toutefois fait un exercice similaire plus tôt cette année, en tentant d’estimer le nombre de vies sauvées sur l’ensemble de la planète, incluant les pays qui ont eu une bonne couverture vaccinale.

La campagne de partage des vaccins COVAX avait fixé comme objectif, pour la fin de 2021, une couverture vaccinale de 20% dans les pays à faibles revenus. L’OMS avait plutôt enjoint les pays riches à viser 40%. En réalité, à la fin de 2021, le taux avait été d’aussi peu que 2% dans le groupe des pays les plus pauvres, tandis que les pays les plus riches se retrouvaient avec des surplus qu’ils étaient incapables d’utiliser.

Un bémol à ce type de calcul est qu’à certains moments de l’épidémie, un nombre indéterminé de vaccins n’aurait pas atteint les populations de certaines régions, faute d’avoir l’équipement pour y entreposer les vaccins, ou le personnel pour les administrer.

Bien qu’il ne soit pas réaliste d’imaginer que des gouvernements puissent distribuer à l’étranger des vaccins avant que leurs propres citoyens aient été vaccinés, note Sam Moore, les pays les plus riches pourraient s’engager à partager plus tôt, par exemple lorsque les projections leur permettent de voir qu’ils ne manqueront pas de vaccins dans les mois suivants, ou lorsque leurs citoyens de plus de 60 ans ont été adéquatement vaccinés.