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Au cours des premiers mois de la pandémie, plusieurs médecins avaient constaté que ce nouveau virus semblait provoquer des dommages inédits à certaines fonctions du cerveau. Une nouvelle recherche révèle que l’anesthésie a pu aider de façon imprévue des patients à récupérer… moyennant un « sommeil » de quelques semaines.

L’une des surprises, en 2020, avait en effet été que des patients sortis des soins intensifs et placés sous anesthésie, avaient mis des semaines, voire des mois, avant de regagner pleinement conscience. Après coup, ils ne présentaient pourtant aucun dommage cérébral. On soupçonnait que les dommages au cerveau initialement causés par le virus étaient en cause, mais l’équipe du neurologue Nicholas Schiff, du Collège de médecine Weill à l’Université Cornell, propose cette semaine de voir le problème dans l’autre sens: l’anesthésie aurait été une opportunité pour le cerveau de réparer les dommages, de la même façon que chez certaines espèces, le cerveau se met, pendant l’hiver, dans un état de semi-hibernation. Un mode « protecteur » en quelque sorte, dans lequel les humains ne peuvent habituellement pas se placer d’eux-mêmes —mais que la technologie leur permet peut-être.

Schiff et son équipe soulignent dans leur article, paru le 7 novembre dans la revue PNAS, qu’il ne s’agit que d’une hypothèse. Mais ce grand nombre de patients atteints de la COVID qui, après avoir dû séjourner aux soins intensifs, sous assistance respiratoire, ont mis un temps anormalement long à sortir de leur anesthésie, signifie qu’il se passe quelque chose dans le cerveau après une infection à ce coronavirus.

En mars dernier, une autre recherche, à laquelle avait aussi participé Nicholas Schiff, avait rapporté les cas de 795 patients atteints d’une infection sévère à New York et à Boston. Plus de 10 jours après avoir été jugés capables de respirer sans l’aide des appareils, un quart étaient encore incapables de réagir à une commande simple, comme de serrer le doigt d’un médecin. Après 23 jours, 10% n’étaient toujours pas conscients —et ce sont là des chiffres élevés pour une « simple » infection respiratoire.

Une source d’inspiration pour ce qui s’est passé chez ces patients pourrait se trouver du côté des tortues d’eau douce capables de passer les mois d’hiver, enterrées sous une couche de vase et de glace, et respirant à peine. Les biologistes qui ont étudié ces tortues ont constaté qu’un composé chimique appelé GABA (acide gamma-aminobutyrique) « calmait » ou inhibait l’activité des neurones, économisant l’énergie. Le produit anesthésique donné aux patients aurait-il eu le même effet? Si oui, ça pourrait expliquer pourquoi certains patients étaient ensuite demeurés dans cet état semi-conscient pendant une aussi longue période.

D’autres chercheurs ont déjà réagi en conseillant la prudence: toute analogie avec des tortues a ses limites, et il y a encore beaucoup de choses qu’on ne comprend pas sur les mécanismes à l’oeuvre. Mais il est certain que ces patients intéressent en ce moment beaucoup de médecins à la recherche de méthodes pour limiter les dommages au cerveau après une crise cardiaque ou un traumatisme crânien.