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Près de la moitié des espèces animales sont des parasites, c’est-à-dire que leur existence dépend d'un autre être vivant, appelé un « hôte ». Or, ce calcul signifie que lorsqu'on évalue les conséquences du réchauffement climatique ou de la perte de biodiversité, il faudrait peut-être désormais calculer ces conséquences non pas sur une, mais sur deux espèces.

Cela peut sembler contre-intuitif, tant le mot « parasite » est associé à une mauvaise nouvelle pour nous, à commencer par tous les insectes porteurs de maladies qui peuvent migrer vers le Nord à mesure que le climat se réchauffe. Mais dans une recherche publiée le 9 janvier, une équipe de biologistes de l’Université de Washington à Seattle apporte un éclairage inédit à la question: sur 85 espèces de parasites identifiées dans 699 spécimens de poissons gardés dans des musées depuis un siècle et demi, la majorité des parasites ont vu leur population décliner depuis 140 ans.

Il est impossible, soulignent les chercheurs, de savoir jusqu’à quel point les parasites sont eux aussi menacés par l’évolution du climat, parce que les parasites sont longtemps passés sous le radar. En temps normal, écrivent-ils en introduction à leur recherche, « des données à long terme permettent aux écologistes d’estimer les trajectoires [futures] des populations » animales. Mais « pour les parasites de la faune, il existe peu de données à long terme —un manque qui crée une entrave à la gestion de la biodiversité des parasites et des menaces infectieuses ».

Chose certaine, la biologie n’avait pas attendu cette recherche pour démontrer que certains parasites sont non seulement indispensables à un animal, ils jouent un rôle dans l’équilibre d’une population. Par exemple, au Japon, un minuscule ver pousse des grillons du Japon à sauter dans les rapides d’une rivière, où ils deviennent de la nourriture facile pour les poissons. Dans certains cas, un parasite peut passer par plus de deux hôtes pour compléter son cycle de vie.

Il est donc inévitable qu’une pression sur les populations animales ait un impact sur des populations de parasites. On ignore pour l’instant à quel point, et c’est ce qui explique que depuis sa parution, plusieurs  biologistes ont commenté cette étude comme étant une « mauvaise nouvelle ».