Parmi les théories qui associent la pandémie à la technologie de téléphonie cellulaire 5G, la plus facile à comprendre est celle qui prétend que le virus aurait frappé plus fort là où la 5G était déployée. Le Détecteur de rumeurs remet en doute cette relation de cause à effet.


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Wuhan – là où les rumeurs ont commencé

C’est une publication Facebook qui a d’abord prétendu que Wuhan, épicentre de la pandémie, aurait été la première ville chinoise à disposer du réseau 5G. Cette publication reposait sur une autre prémisse, selon laquelle la 5G affaiblirait le système immunitaire, ce que le Détecteur de rumeurs a déjà démenti.

Or, s’il est vrai que Wuhan disposait de tours de téléphonie cellulaire de 5e génération (ou 5G), la ville était parmi une cinquantaine d’autres villes chinoises où des essais avaient été entrepris à l’automne 2019.

Qui plus est, c’est en Corée du Sud que le tout premier réseau 5G a été déployé dans le monde… et ce, il y a plus d’un an, en avril 2019. Rappelons que la Corée du Sud a été un des pays les moins touchés par la COVID-19 — un succès qu’on attribue pour l’instant à un cocktail de mesures allant d’une campagne massive de dépistage à des politiques sévères d’isolement.

Pas de 5G, beaucoup de morts

Si la propagation du nouveau coronavirus était liée au déploiement de la 5G, la pandémie aurait dû être restreinte aux 34 pays disposant actuellement de la technologie — ou du moins, elle aurait dû frapper beaucoup plus fort dans ces pays. Or, l’Iran a été lourdement frappé dès le début, alors qu’aucun réseau 5G n’y est installé. Au Japon, le réseau 5G a été déployé le 25 mars 2020, alors que le premier mort y avait été déclaré en février.

En Europe, les pays les plus touchés restent la France, l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne. Or, le réseau 5G en France, en Italie et en Espagne en est à ses balbutiements.

Quant à la Grande-Bretagne, si le réseau y est effectivement bien implanté, ce n’est pas d’une façon uniforme : plusieurs villes ne possèdent pas de réseau 5G, dont Milton Keynes et Portsmouth, qui sont pourtant, elles aussi, durement affectées par le virus.

Du côté de la France, une carte liant épidémie de COVID-19 et 5G a largement circulé sur Facebook. Or, la carte en question ne montrait pas le déploiement du réseau 5G en France, mais bien celui de la fibre optique, une technologie qui ne repose pas sur l’utilisation des ondes électromagnétiques.

Rappelons aussi que le Québec, épicentre de l’épidémie au Canada dans la première quinzaine de mai, ne dispose à ce jour d’aucun réseau 5G. Les récents actes de vandalisme « anti-5G » visaient en effet des tours de cellulaires qui n’ont rien à voir avec la 5G.

Une corrélation n’est pas une preuve

Dans certains cas, cette association d’idées entre 5G et virus est un cas classique de confusion entre une corrélation, bien réelle, et une relation de cause à effet, qui n’existe pas. Autrement dit, le virus peut effectivement, dans certains cas, s’être propagé dans des villes où ont également été déployées des technologies de communication : il s’agit alors d’une corrélation. Mais une ville est aussi, en général, un territoire plus densément peuplé, ce qui facilite la propagation d’un virus. La relation de cause à effet qu’on cherche a davantage de chances d’être de ce côté.