La gestion de la COVID-19 par la Suède continue d’attirer l’attention. Son approche lui permettra-t-elle d’éviter la résurgence de cas que connaissent actuellement plusieurs pays à travers le monde ? Le Détecteur de rumeurs fait le point.


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La stratégie

La Suède, pour rappel, a misé sur une approche souple face à la pandémie, basée sur le volontariat, l’éducation et la responsabilisation de la population. Cette stratégie peu contraignante a été privilégiée parce qu’elle favoriserait, selon la justification donnée par les autorités, une gestion de la crise à long terme, sur un horizon de deux ans. « La lutte contre la COVID-19 est un marathon et non un sprint », martèle sans cesse Anders Tegnell, l’épidémiologiste en chef du pays.

En d’autres termes, les Suédois n’ont pas subi de confinement au printemps. Les rassemblements de plus de 50 personnes étaient bannis dans le pays, mais les bars et les restaurants sont demeurés ouverts. Les écoles pour les moins de 16 ans n’ont jamais été fermées; la plus récente rentrée scolaire s’y est déroulée normalement. Tous les commerces sont ouverts.

Depuis le 1er octobre, il est à nouveau possible de visiter les maisons de retraite. À l’inverse, également depuis le 1er octobre, il est recommandé que les membres d’une famille comptant un cas confirmé s’isolent pendant une semaine, même s’ils n’ont pas de symptômes.

La distanciation physique et l’application stricte des règles d’hygiène sont de mise depuis le printemps; mais le port du masque n’est pas obligatoire.

Impact sur le nombre de décès

Cette approche a été fortement décriée le printemps dernier, alors que la Suède figurait parmi les 10 pays qui présentaient les plus hauts taux de décès liés à la COVID-19. C’est d’ailleurs toujours le cas, alors que le taux de décès liés au nouveau coronavirus était, au début d’octobre, de 583 morts par million de personnes en Suède, selon le site Internet Worldometer. C’était moins que le Québec (688) mais plus que la France (près de 500) et beaucoup plus que ses voisins que sont le Danemark (112 morts par million d’habitants), la Finlande (62) ou la Norvège (50). Le piètre bilan de la Suède s’explique aussi par le fait que la moitié des décès, à la mi-juillet, étaient dans les résidences pour personnes âgées. 

Impact sur l’économie?

Toutefois, confinement strict ou non, les Suédois ont certainement modifié leurs habitudes quotidiennes. Selon des données publiées par Google en mai, ils avaient moins consommé et s’étaient moins déplacés qu’avant la pandémie, en plus d’avoir déserté les bureaux. Cela a eu pour effet, entre autres, de plomber leur économie.

À la fin septembre, le National Institute of Economic Research prévoyait une contraction de 3,4 % en 2020. C’est moins que les 7 à 9% de contraction prévus par la banque centrale de Suède à la fin d’avril. Si on ne considère que le deuxième trimestre, la diminution du PNB était de 8,6% en Suède, contre un peu plus de 7% au Danemark et en Norvège.

Une seconde vague?

Alors qu’une seconde vague de cas de COVID-19 commençait à frapper certains pays européens dès le mois d’août, la Suède semblait épargnée. Mais une croissance du nombre de cas depuis septembre oblige à être prudent: d’une moyenne de 200 par jour à la fin des vacances estivales, on était passé à plus de 900 dans la dernière semaine de septembre. En proportion de la population le 27 septembre, cela donnait un total cumulé de 38,7 nouveaux cas pour 100 000 habitants, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Loin toutefois derrière les pays européens les plus durement touchés par la deuxième vague: l’Espagne enregistrait 320 nouveaux cas pour 100 000 habitants lors des 14 jours précédents, la France 229, et le Danemark 120, un pays nordique à la composition démographique similaire à la Suède.

Le 7 octobre, le total cumulé sur 14 jours de nouveaux cas en Suède était monté à 65 cas. Toujours loin derrière les pays les plus touchés, mais de quoi inquiéter Folkhälsomyndigheten, l’Agence de santé publique de Suède. « Nous nous dirigeons tranquillement, mais sûrement dans la mauvaise direction », avait déclaré Anders Tegnell dès le 25 septembre.

La Suède n’est toutefois pas le seul pays du Vieux Continent à être moins affecté en ce début d’automne. L’Italie, qui avait été l’épicentre européen de la pandémie le printemps dernier, ne revendiquait, le 7 octobre, que 48 nouveaux cas pour 100 000 habitants sur 14 jours. La Norvège se situait quant à elle à 30, et la Finlande, à 31, selon l’ECDC.

Perception

71 % des Suédois étaient satisfaits de la gestion de la pandémie par leur gouvernement, indiquait à la fin août un sondage du Pew Research Center. Un taux de satisfaction similaire à ce qu’on retrouve dans la majorité des pays industrialisés, de même qu’au Québec. Ils étaient aussi assez nombreux (68 %) à se dire satisfaits de la situation économique actuelle dans leur pays.

Anticorps

Le printemps dernier, on avait souvent évoqué que la raison de cette stratégie suédoise « sans confinement » serait de permettre au pays d’atteindre une forme d’immunité collective — c’est-à-dire une stratégie qui laisserait le virus circuler librement pour que les citoyens y soient peu à peu immunisés. Bien que cette explication ait été rejetée par les autorités suédoises, la question demeure pertinente. C’est dans ce contexte qu’une étude publiée en août dans la revue scientifique Journal of Royal Society of Medicine indiquait que 15 % de la population de Stockholm aurait développé des anticorps au coronavirus. C’est beaucoup moins que les 40 % prédits en mai dernier, mais beaucoup plus que le taux de 3 % pour Montréal dévoilé par Héma-Québec en août.

En comparaison toutefois, on a rapporté un taux de 17 % en mai dernier dans la capitale britannique, Londres. De 20 à 25% à New York, gravement touchée par l’épidémie au printemps. Et de 11% dans un canton suisse selon une étude publiée à la fin septembre.

Crédits photographiques : Stokholm. Giuseppe Milo / CC