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Vous voulez imiter le Détecteur de rumeurs ? Premier exercice : lisez des textes et soulignez au crayon rouge tous les faits vérifiables. De cette façon, vous devriez pouvoir repérer peu à peu les textes qui relèvent de l’opinion pure, pauvrement appuyés sur des sources, et les textes plus solides.

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Cet article fait partie de la rubrique du Détecteur de rumeurs,

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Sans vous en douter, vous aurez fait un travail de... journaliste. En effet, on l’a un peu oublié ces dernières années avec la multiplication des rubriques journalistiques vouées à la vérification des faits ou « fact-checking », mais en réalité, le fact-checking a toujours fait partie de l’ADN du journaliste.

C’est ce que rappelle la journaliste américaine Brooke Borel dans son livre The Chicago Guide to Fact-Checking, consacré non pas à cette vérification des faits qu’on voit émerger ces dernières années — un mouvement dans lequel s’inscrit le Détecteur de rumeurs —, mais aux bases de la vérification des faits proprement dite : comment la pratiquer, avec quels outils, quelles priorités… Un livre qui s’adresse aux professionnels des médias, mais aussi à tous ceux qui voudraient « professionnaliser » leur lecture de l’information : autrement dit, apprendre à distinguer le vrai du faux.

La vérification des faits, écrit Borel — qui est par ailleurs journaliste scientifique — n’a pas la prétention de trouver la vérité, et c’est une leçon sur laquelle plusieurs lecteurs devraient méditer. Vérifier les faits, ça veut dire, dans un premier temps, faire un tri dans l’abondance d’information, avant même de songer à interpréter cette information.

« Fait » et « vérité » peuvent sembler des synonymes, mais les mots sont distincts. Un fait est une chose avec laquelle vous ne pouvez pas argumenter, comme les dimensions de cette page ou le fait que cette phrase ait commencé avec le mot « fait ». Une vérité est un fait ou un ensemble de faits dans un contexte : connaître les dimensions de cette page et les mots qu’elle contient ne transmet pas l’information sur les pages, ou l’ordre dans lequel j’ai placé les faits pour faire valoir mon argument.

Autrement dit, bien que les faits soient indiscutables, la vérité qu’un auteur construit à partir des faits est une question d’interprétation. Même si les faits ne changent pas, l’ordre dans lequel vous les placez peut changer la signification d’un texte : donnez à deux journalistes la même mission, et chacun écrira un article différent.

Fondamentalement, qu’est-ce que la vérification des faits, pratiquée de manière journalistique ? Comment cela se passe-t-il dans les médias — trop rares, et surtout américains, à l’exception, au Québec, du Sélection du Reader’s Digest — où tout article, avant sa publication, sera systématiquement relu et révisé par un ou des journalistes dont la seule et unique tâche est de vérifier les faits soumis par leurs collègues ? Explication par une métaphore :

C’est comme de retirer le moteur d’une voiture, de jeter les morceaux sur le plancher et de le reconstruire pièce par pièce.

Ou encore :

C’est le travail du vérificateur de faits que de détricoter les morceaux d’un reportage et d’examiner chaque fibre, tester sa résistance et chercher des points faibles. Dans le processus, la vérification des faits tente aussi de découvrir si des éléments vitaux de l’histoire sont manquants.

Concrètement, que fait un vérificateur de faits dans un grand magazine américain ? Il doit d’abord lire le reportage qui lui est soumis et en identifier les sources d’informations à vérifier — ce qui veut dire que l’auteur doit lui remettre les coordonnées des gens qu’il a interviewés, les liens Internet, les références bibliographiques. Brooke Borel suggère comme méthode de travail que le vérificateur commence par souligner toutes les phrases qui contiennent un fait et les classe par catégories : noms dont il faut vérifier l’orthographe, citations à corroborer, chiffres et statistiques, explications, etc. Ultimement, le temps disponible pour la vérification déterminera jusqu’à quel degré de « détricotage » il sera possible d’aller. De même, toutes les erreurs factuelles ne se révèlent pas de la même façon. Simple recherche Google, épluchage d’une base de données ou entrevue téléphonique ?

Les journalistes québécois ou français qui liront ce livre auront un peu honte de découvrir le rôle parfois fondamental de ces professionnels de la vérification des faits, eux qui en rencontrent si peu dans leur propre milieu. Encore que, même aux États-Unis, les vérificateurs sont pratiquement absents des médias numériques, et ils sont en recul dans les magazines imprimés, faute de revenus… Un constat qu’on ne peut manquer de mettre en relation avec la crise de confiance du public à l’égard des médias : à l’heure où n’importe qui peut publier n’importe quoi sur le Web ou sur les réseaux sociaux, une vérification des faits proprement journalistique serait-elle une façon de regagner un peu de cette confiance ? De montrer au public en quoi le journalisme, quand il est bien fait, se distingue de la rumeur publique ou de l’opinion ? Le journaliste scientifique Carl Zimmer le note :

Il est désolant de voir la vérification des faits se faire traiter comme si elle était un luxe démodé auquel se livraient les vieux journalistes entre leurs trois dîners-martinis.

Les non-journalistes seront peut-être encore plus surpris d’apprendre que le processus de vérification des faits n'est pas enseigné dans les écoles de journalisme. Pour Brooke Borel :

Apprendre comment vérifier peut aider l’auteur à devenir un meilleur journaliste… Comprendre comment un vérificateur peut découper une histoire en morceaux aide un auteur à y penser à deux fois avant de s’appuyer sur une source douteuse.

Borel ne fait qu’effleurer, à la fin de son livre, l'émergence récente des sites journalistiques voués uniquement à la vérification des faits, tels que PolitiFact et FactCheck, une forme « distincte et relativement nouvelle de journalisme ». Qui doit son existence à Internet, « en partie à cause de l'accessibilité de faits qui peuvent être vérifiés ». De plus, elle a écrit son guide avant la crise des fausses nouvelles de l’automne 2016. Mais déjà, elle avait noté le bémol qui tracasse aujourd’hui bien des gens, en science et en politique : même confrontés aux faits, des lecteurs peuvent refuser d’y croire.

Cela dit, le réflexe de souligner les faits au crayon rouge pourrait servir bien au-delà des médias. Pensez, dit-elle, à la prochaine discussion en famille sur un sujet controversé : pourquoi ne pas commencer par isoler des faits reconnus par les deux camps, et essayer de bâtir la discussion à partir de là ?

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