Des journalistes allemands ont réussi récemment un bon coup : publier une fausse étude dans une revue scientifique d’apparence sérieuse. Notre journaliste Ève Beaudin a été interviewée à ce sujet à l’émission matinale Puisqu’il faut se lever de la station FM 98,5 Montréal. Une opportunité d’expliquer ce qu’est une « vraie » revue scientifique, et les réflexes que devraient développer les journalistes — et le public —, quand on leur rapporte des études scientifiques dans les médias. L’extrait qui suit a été édité pour plus de clarté.


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Ève Beaudin : Ces journalistes ont fait publier une fausse étude dans ce qu’on appelle une « revue prédatrice ». Ce type de revue n’est pas tout à fait nouveau, mais il a pris de l’importance ces dernières années.

Des éditeurs peu scrupuleux acceptent de publier tout ce qu’on leur envoie dans des revues scientifiques pas trop sérieuses, moyennant paiement. C’est-à-dire qu’ils ne font pas de contrôle sur ce qui leur est soumis, ne font pas de révision par les pairs et bien sûr, ne vérifient pas les sources de financement, les conflits d’intérêts, etc.

Il faut tout de même mettre les choses en perspective. Selon l’article du Monde, ces revues prédatrices représenteraient 2 à 3 % des revues scientifiques recensées. C’est donc encore assez marginal, si on considère les dizaines de milliers de publications scientifiques sérieuses.

Il faut aussi préciser que les vraies revues scientifiques, elles, travaillent de façon très sérieuse. Il y a un contrôle des études qui sont reçues, on vérifie les sources de financement, il y a une révision par les pairs (ça veut dire qu’on demande à des scientifiques de réviser la méthodologie), on vérifie les sources de financement… Les grands éditeurs n’acceptent d’ailleurs pas tous les articles soumis. La revue Nature, par exemple, affirme ne publier que 8 % des études reçues.

Résultat, quand un article scientifique est publié dans une grande revue scientifique, comme The Lancet ou Nature, il est passé à travers toutes ces étapes. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a jamais d’articles moins solides qui soient publiés dans ces revues. Mais au moins, si on reconnaît par la suite qu’un article était faible, n’était pas valide, ou s’il y a eu fraude, on le retirera de la publication.

Un traitement exagéré dans les médias ?

Indépendamment de la qualité de la revue scientifique, il arrive aussi qu’on grossisse les résultats d’une étude dans les médias, pour la rendre plus attrayante pour le grand public. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des reportages sur des aliments miracles.

C’est pourquoi mon rôle comme journaliste scientifique, c’est d’aller lire l’article scientifique en question, de lire les conclusions, de lire la méthodologie et de mettre les choses en perspective. Parce qu’il faut savoir que la science, ça repose sur une accumulation d’études. Une seule étude, ce n’est jamais suffisant.

Ceci étant dit, certains journalistes, pour diverses raisons, ne peuvent pas toujours faire ce genre de vérification. Est-ce que cette étude a été bien faite, est-ce qu’il y a d’autres études qui confirment ou infirment cette chose-là, est-ce que c’est une étude qui a été faite sur des animaux ou sur des humains (parce qu’on sait que très souvent, une fois que l’étude qui avait été faite sur des animaux est refaite sur les humains, ça ne s’avère pas aussi positif) ? Il faut recouper les faits. Il faut interroger des experts. C’est aussi pour ça qu’on dit souvent qu’il manque de journalistes scientifiques dans les médias : parce que tout ça, finalement, ça prend du temps. Un luxe que ne peuvent pas se permettre certains médias…

Tous ces trucs peuvent évidemment être mis en pratique par les lecteurs eux aussi lorsqu’ils sont confrontés à des nouvelles qui recensent des résultats d’études qui leur semblent étonnants.